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vitaux, sans vrai champ d’action, sans horizon, sans avantages sérieux ; et la profession d’institutrice notamment, dans ce grand élan d’instruction, serait en réalité le plus dangereux des leurres. Est-ce vrai ? N’est-ce pas vrai ? N’est-ce qu’exagéré ? Il y a là, dans tous les cas, un sujet d’enquête, une excursion à faire dans un coin de société et de région morale, et je me suis demandé ce qu’un étranger à ce monde des femmes qui enseignent pourrait bien y apprendre et y voir, dans une pointe qu’il y pousserait.

La première impression qu’on ressent, en y mettant le pied, est celle d’un monde terriblement compliqué, divisé, subdivisé, et qui demanderait, pour une classification exacte, l’établissement d’une infinité de genres et de sous-genres. Il y a la maîtresse des écoles primaires, des écoles maternelles, des écoles primaires supérieures, des écoles normales, des écoles normales supérieures, des écoles professionnelles, des lycées de jeunes filles, des collèges de jeunes filles, des cours privés de jeunes filles, et tout le flot plus ou moins trouble, quelquefois pur, mais souvent (aussi fort impur, des directrices ou des maîtresses des établissemens particuliers, des institutions, des « boîtes », de tout ce qui donne des leçons en chambre, va en ville ou bien se place dans les familles. L’institutrice proprement dite n’est pas le professeur, et le professeur n’entend pas être pris pour une institutrice. De même, la répétitrice n’est pas la chargée de cours, la chargée de cours n’est pas la maîtresse en titre, et nous trouvons même encore, outre tout cela, la chargée de classe, la déléguée, l’adjointe-stagiaire, la maîtresse-auxiliaire, la suppléante… C’est la variété poussée jusqu’au chaos, et la même variété et le même chaos se reproduisent dans la nature et les dénominations des examens, concours, certificats, diplômes de toutes catégories. Certificat d’études, brevet, brevet supérieur, certificat d’études primaires supérieures, certificat d’études secondaires, certificat de fin d’études secondaires, certificat d’aptitude pédagogique, certificat d’aptitude au professorat, certificat d’aptitude à l’inspection, certificat d’aptitude à l’enseignement secondaire des jeunes filles, baccalauréat, licence, agrégation, tous ces intitulés et toutes ces étiquettes s’appliquent à des épreuves ou nuances d’épreuves différentes. J’ai sous les yeux un tableau des examens passés en 1896 par les candidates de Paris, et j’y relève exactement soixante-huit variétés de concours divers. Il y en a tant, et de si nombreuses espèces, qu’on ne sait plus où les faire