Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1897 - tome 141.djvu/622

Cette page n’a pas encore été corrigée


une suite de la vie réelle, quand il travaille à en régler les conditions et à en prolonger la durée.

Déjà, dans celles de ces nécropoles que désignent comme remontant à la plus haute antiquité leur disposition très simple et le caractère de leur mobilier, des précautions minutieuses ont été prises pour protéger le dépôt confié à la tombe. Celle-ci n’est qu’une petite cellule très basse ; mais, devant elle, il a été creusé dans le calcaire un canal dont la déclivité éloigne de la sépulture les eaux de pluie. Ces eaux ne frappaient d’ailleurs pas la paroi où s’ouvre l’entrée ; une sorte de porche ou d’auvent, taillé dans le roc, les rejetait à distance. Le caveau est bien clos, d’abord par une première dalle dressée en avant de l’antichambre, puis par une seconde, qui ferme la porte de la chambre funéraire. C’est dans l’âge suivant, où le bronze apparaît à côté des instrumens de pierre, que la tombe sikèle atteint son plein développement. Alors les caveaux, toujours de forme circulaire ou elliptique, sont plus élevés, plus spacieux et souvent pourvus, à leur pourtour, de niches rayonnantes en cul de four. On rencontre parfois aussi plusieurs tombeaux, jusqu’à quatre ou cinq, qui donnent sur un même grand vestibule à ciel ouvert, découpé dans la falaise ; ces tombeaux ainsi rapprochés ont dû appartenir à un même clan. Le caveau, là même où il est isolé, paraît du reste avoir été toujours une sépulture de famille.

La plupart de ces grottes artificielles ont été forcées ; on voit, près de la porte, gisant à terre, la dalle de fermeture. Il en est, M. Orsi l’a constaté, qui ont été réemployées, à l’époque grecque, comme sépultures. Ainsi les Athéniens de Nicias et de Démosthène, pendant qu’ils étaient campés sur le Plemmyrion, au sud du grand port de Syracuse, en face de la ville qu’ils assiégeaient, semblent avoir, dans la hâte du moment, utilisé pour l’ensevelissement de leurs morts certains des caveaux de la nécropole sikèle, depuis longtemps abandonnée, dont les chambres trouaient les falaises du promontoire. En maints endroits, ces chambres ont servi d’habitation ou de grenier ; dans d’autres, les bergers abritaient leurs troupeaux, pendant les heures chaudes du jour. Enfin, dans l’antiquité même et dans ces derniers temps, presque toutes celles dont l’entrée était apparente ont été pillées par les chercheurs de trésors ; mais c’était surtout les objets de métal que ceux-ci convoitaient, et parfois, après les avoir enlevés, ils ont laissé la tombe à peu près intacte. Enfin, dans presque