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Page:Revue des Deux Mondes - 1897 - tome 141.djvu/614

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inclinerions à en douter. Ce devait être une sorte de latin rustique, s’il faut en croire ce qui nous est raconté de l’origine des Sikèles. A supposer que cette langue ait encore été usitée en Sicile quand les Romains y prirent pied, ceux-ci n’auraient-ils pas été frappés de la ressemblance ? N’auraient-ils pas reconnu là des sons et des mots qui leur auraient rappelé sinon la langue littéraire de Rome, tout au moins les parlers plus rudes des Sabins et des Osques ? Quand cet idiome s’était-il éteint, étouffé et remplacé par le grec ? On ne saurait le dire, ni s’il est pour quelque chose dans les habitudes que le gosier sicilien a contractées, dans les particularités du dialecte italien que l’on parle aujourd’hui dans l’île, dialecte qui prend si fort au dépourvu une oreille accoutumée au langage romain ou-toscan.


II

Le moment est venu de demander à l’archéologie ou plutôt aux fouilles qui lui fournissent des matériaux ce qu’elles ont su ajouter aux rares données que nous avons réussi à tirer des historiens, ceux-ci n’ayant jamais accordé qu’une faible attention à ce peuple des Sikèles qui s’est dissous et comme perdu dans le bouillonnement de la vie plus intense d’une race supérieure. Elle aussi, l’archéologie, en Sicile, était restée longtemps indifférente à la question de savoir quel genre et quel degré de culture les premiers habitans de l’île avaient pu atteindre, par leurs propres forces, avant l’arrivée des premiers colons grecs. Les archéologues siciliens étaient habitués à produire, comme prix de leur effort, des monumens tels que l’Aphrodite de Syracuse, que le beau bélier de bronze du musée de Palerme, que ces métopes des temples de Sélinonte avec lesquelles on peut suivre tout le développement de la statuaire grecque, depuis l’archaïsme encore très gauche jusqu’au grand style du Ve siècle. Ils se faisaient gloire de trouver des vases qui, comme les admirables cratères que l’on doit à la nécropole de Géla, laissent deviner ce qu’a pu être en Attique, au temps de Polygnote, l’art de la peinture murale. On comprend qu’ils aient commencé par dédaigner les outils de pierre et les grossières poteries, sans couverte ni figures, qu’ils trouvaient parfois dans leurs tranchées ou que venaient leur offrir les paysans ; Serra di Falco n’a jamais eu même un regard pour ce genre de reliques. MM. Saverio Cavallari et Salinas ont eu les