Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1897 - tome 141.djvu/578

Cette page n’a pas encore été corrigée


II

Pour les personnages engagés dans cet ordre d’idées, la présence au Vatican du cardinal Ledochowski était considérée comme un fait regrettable, susceptible de prolonger les difficultés existant entre le cabinet de Berlin et le Saint-Siège ; et Léon XIII aurait dû donner un gage de son bon vouloir au prince de Bismarck en éloignant de l’intérieur du Palais apostolique l’archevêque de Posen qui, après avoir été fort lié vingt ans auparavant avec le chancelier, s’était vu poursuivi par lui, pendant le Culturkampf, d’une animadversion passionnée, semblable à celle dont le comte Harry d’Arnim avait été la victime en 1875. Le cardinal Ledochowski, installé au Vatican par Pie IX après avoir passé plusieurs années en prison pour violation des lois de Mai, avait été de la part des tribunaux prussiens l’objet, près du cabinet du Quirinal, d’une demande d’extradition, à la suite de laquelle Son Éminence avait dû se résigner à ne plus jamais franchir l’enceinte du Palais apostolique. Pouvait-il convenir à la dignité du Saint-Siège de prendre une mesure propre à compromettre la sécurité d’un membre du Sacré-Collège ? On fit alors près de M. de Schlœzer une démarche en vue de savoir si les motifs invoqués pour conserver à l’archevêque de Posen son appartement au Vatican étaient encore fondés. Le ministre de Prusse ayant répondu, après en avoir référé à Berlin, que le cardinal Ledochowski pourrait circuler dans la ville de Rome sans que la justice prussienne usât de son droit de demander au gouvernement italien l’extradition de l’ancien prisonnier d’Ostrowo, un nouvel effort fut tonte pour déterminer le secrétaire d’Etat à éloigner du Pape un hôte compromettant. Le cardinal Jacobini fit observer avec beaucoup de dignité à ses interlocuteurs qu’en pareille matière, le Saint-Siège avait besoin, pour se décider, d’autre chose que d’une assurance verbale officieuse du représentant de la Prusse.

Les choses cependant n’en étaient pas restées là ; car, peu de jours après, M. de Schlœzer vint lire au secrétaire d’État une dépêche dans laquelle était reproduite l’assurance que la justice prussienne ne comptait pas demander l’extradition du cardinal Ledochowski, si Son Éminence était amenée à quitter le Palais apostolique pour fixer ailleurs sa résidence. Le fait des pourparlers très actifs qui, à propos de cet incident, avaient eu lieu avec