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déshabillèrent, elles furent fort étonnées de voir tomber ce couvercle.

Il y avait, au contraire, des jours où la Princesse prenait part volontairement aux cérémonies les plus graves. Elle assistait, sans opiner il est vrai, aux délibérations du chapitre ; elle donnait le voile à une religieuse ; elle tenait un coin du drap mortuaire aux funérailles d’une autre. Mais elle mêlait volontiers un peu d’espièglerie à tout ce qu’elle faisait. Un jour que c’était à Saint-Cyr confession générale, elle s’agenouilla dans le confessionnal à la place d’une demoiselle, et sans dire qui elle était. « Entendant le bruit du taffetas, le confesseur pensa que ce pouvoit être une personne de la Cour. En homme zélé, il profita de l’occasion pour lui parler sur les vanités du monde. À sa sortie du confessionnal, elle dit aux demoiselles qu’elle étoit très contente de ce confesseur, qu’il lui avoit dit toutes ses vérités ; puis, courant à Mme de Maintenon : Ma tante, lui dit-elle, je suis enchantée de ce confesseur ; il m’a dit que j’étais pire que Madeleine. »

Des leçons ou des exercices de piété ne remplissaient cependant pas toute la vie des demoiselles de Saint Cyr. On sait la place qu’y avaient tenue, pendant quelques années, les représentations théâtrales. Depuis la réforme que Mme de Maintenon avait introduite à Saint-Cyr, les personnes du dehors n’étaient plus invitées à ces représentations, mais l’usage en avait subsisté comme divertissement intérieur, et il était assez naturel d’offrir ce divertissement à la Princesse. Aussi une représentation d’Esther fut-elle donnée à Saint-Cyr, le 30 janvier 1697. On jugea sans doute que le plaisir serait encore plus grand pour elle, si on lui donnait un rôle dans la pièce. Le difficile dut être d’en trouver un qui pût être tenu par elle. Dangeau se borne à dire qu’elle joua le personnage d’une jeune Israélite, sans indiquer lequel. Il y a plusieurs jeunes Israélites qui chantent des soli ou des duos dans les chœurs. Mais à une actrice aussi peu expérimentée il est peu probable qu’une partie aussi importante ait été confiée du premier coup. Au contraire, à la troisième scène du deuxième acte, la plus jeune des Israélites (c’est ainsi qu’elle est désignée dans la pièce) dit ce vers si connu :

Ciel ! qui nous défendra, si tu ne nous défends ?

La Princesse n’avait pas de peine à être la plus jeune des Israélites, puisqu’elle n’atteignait pas douze ans. Il est donc assez