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Page:Revue des Deux Mondes - 1897 - tome 141.djvu/511

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dentelle ou de mousseline autour au cou, un petit tablier de la même étamine que l’habit, bordé autour d’un ruban de la même couleur de la classe où elles sont ; leur ceinture est aussi de la même parure. Tout cela, quand il est mis proprement, est un habit qui ne laisse pas d’avoir un air de noblesse, et de faire un assez bon effet au chœur, quand toutes les demoiselles y sont rassemblées [1]. »

Les demoiselles de Saint-Cyr étaient, on vient de le voir, divisées, suivant leur âge, en quatre classes : les rouges, les vertes, les jaunes et les bleues, distinguées entre elles par la couleur du ruban qui bordait leur tablier. Par son âge, la Princesse aurait dû appartenir à la classe des vertes, qui avaient de onze à quatorze ans ; mais, sans doute à cause de son instruction insuffisante, c’était la classe des rouges, c’est-à-dire celle des enfans de moins de onze ans dont elle suivait les exercices. Le programme des leçons données aux rouges comprenait la lecture, l’écriture, le calcul, les élémens de la grammaire, le catéchisme et des notions d’histoire sainte. La Princesse aimait à être apostrophée comme les autres sur le catéchisme, et elle répondait avec un air grave et modeste. Mais, pour faire apparaître sa supériorité sur les autres demoiselles, on avait soin de la prévenir à l’avance des questions qui lui seraient posées, et elle apprenait les réponses par cœur. « Si malheureusement on se fût trompé d’interrogation, toute cette science seroit échouée, et cette idée la faisoit un peu trembler ; mais on n’avoit garde de l’exposer à un affront. »

La Princesse ne se prêtait pas toujours à cette petite comédie d’égalité. Parfois, au contraire, il semble qu’elle voulût être traitée suivant son rang. C’est ainsi qu’un jour elle voulut faire la maîtresse à la classe bleue. A l’heure de l’exhortation, elle se mit en devoir « d’exhorter les demoiselles. » Ayant pris pour sujet le jugement dernier, une demoiselle demanda où étoit la vallée de Josaphat. Comme elle n’en savoit rien, elle courut risque de demeurer court, mais elle voulut s’éviter cette honte et prit le moyen le plus sûr, disant à la demoiselle : « Voilà une sotte question, mademoiselle. Il est bien nécessaire de savoir cela ! » Elle courut ensuite conter à Mme de Maintenon comment elle s’était tirée d’embarras, et si Mme de Maintenon la gronda de la rudesse avec laquelle elle avait traité la pauvre demoiselle, les Mémoires n’en disent rien.

  1. Lavallée, Mme de Maintenon et la maison royale de Saint-Cyr, p. 31.