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dont elle s’accusait elle-même y trouvaient leur compte. On sent, dans cette liaison étrange, qu’enveloppe encore un certain mystère, dominer par-dessus toute chose le devoir et la lassitude. Elle avait entrepris le salut du Roi dont elle se considérait comme responsable ; mais elle ne trouvait dans l’accomplissement de cette tâche ni douceur ni tendresse. Cependant, comme elle était femme, il fallait bien qu’elle aimât quelque part. L’amour maternel demeurait le seul sentiment qu’il lui fût permis de connaître, et elle n’avait point d’enfans. Aussi aima-t-elle les enfans des autres. Elle trompa son cœur par l’adoption. « Elle a toujours fort aimé les enfans, disait Mme d’Aumale, une de ses secrétaires, et à les voir dans leur naturel ; et les enfans sentoient si fort cette bonté qu’ils étoient plus libres avec elle qu’avec personne [1]. » Ses enfans, ce furent d’abord le duc du Maine, que dans ses lettres elle appelle souvent « mon petit Prince » et auquel elle ne cessa jamais de témoigner une tendresse passionnée ; puis des dames ou des élèves de Saint-Cyr, comme cette charmante Mme de Glapion à qui elle écrivait des lettres d’une sollicitude vraiment touchante, ou cette Jeannette de Pincré par laquelle elle se laissait appeler maman. Ce fut enfin cette jeune et séduisante petite princesse que le hasard remettait entre ses mains, dont la politique et son intérêt bien entendu l’engageaient assurément à captiver le cœur, mais pour laquelle elle semble bien avoir fini par éprouver un attachement véritable.

Dans les soins qu’elle était appelée à lui rendre, Mme de Maintenon trouvait d’ailleurs à satisfaire un des goûts dominans de sa nature. Elle était née institutrice. Le besoin qu’elle avait de donner des leçons était si fort que, durant les séjours de la Cour à Fontainebleau, elle ne pouvait se tenir d’aller enseigner le catéchisme aux petits garçons et aux petites filles de l’école, non sans que le magister du village, Mathurin Roch, en éprouvât quelque dépit : — « Il ne peut, écrivait-elle assez plaisamment, s’accoutumer à mon ignorance, ni moi à son savoir. » Avec cette nouvelle élève il n’y avait pas à se mettre en peine de ce que pensait le magister, mais il fallait tout lui apprendre. Ce n’est pas que jusque-là elle eût été mal élevée, du moins au point de vue moral. Bien au contraire. Mme de Maintenon elle-même se plaisait à le reconnaître et à dire que « Mme de Savoie l’avait élevée à avoir de

  1. Lettres historiques et édifiantes, t. II, p. 270.