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Page:Revue des Deux Mondes - 1897 - tome 141.djvu/502

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mais qui doit être de cette époque : j’ai beaucoup d’amitié pour elle et de confiance dans tous ses advis. Croies, ma chère grand’-maman, tout ce qu’elle vous a mandé de moi, quoyque je ne le mérite peut-être pas, mais je voudrois que vous eussiés ce plaisir-là, car je conte sur vostre amitié et je n’oublie point toutes les marques que vous m’en avez donné. » Et dans une autre lettre : « La D… du Lude est revenue auprais de moy, dont je suis ravie, et il est vrais que Mme de Maintenon me voit le plus souvent qui lui est possible. Je croys pouvoir vous assurer sans me flatter que ces deux dames m’aime. »

Autant qu’il est possible de pénétrer les sentimens véritables d’une femme, la petite Princesse ne se flattait pas. Ce que la politique avait commencé chez Mme de Maintenon, le cœur l’acheva. C’est, suivant nous, une conception tout à fait erronée de son caractère que de se la représenter comme une femme fausse, sèche, ambitieuse, n’obéissant à d’autre préoccupation qu’à celle de conquérir ou de s’assurer l’étrange situation à laquelle elle avait su se hausser. La passion et le parti pris créent parfois ainsi des figures de convention que les gens mal instruits tiennent pour des portraits ressemblans, mais qui, dans la réalité, ne rappellent en rien les traits du modèle. La véritable Françoise d’Aubigné était un personnage autrement complexe. Jeune, elle avait été jolie et elle avait aimé à plaire. N’oublions pas le portrait que Mlle de Scudéry a tracé d’elle dans Clélie sous le nom de Lyriane, et surtout ce qu’elle dit de ses yeux. « Ils étaient noirs, brillans, doux, passionnés et pleins d’esprit ; leur éclat avait je ne sais quoi qu’on ne saurait exprimer : la mélancolie douce y paraissait quelquefois avec tous les charmes qui la suivent presque toujours ; l’enjouement s’y faisait voir à son tour, avec tous les attraits que la joie peut inspirer, et l’on peut assurer enfin sans mensonge que Lyriane avait mille appas inévitables. » Quand une femme a des yeux pareils, il est bien rare qu’elle n’ait pas aussi un cœur. Si, comme nous, on n’ajoute point foi aux sottes inventions de Saint-Simon ; si l’on croit, au contraire, avec Tallemant des Réaux, que, la prudence venant en aide à la vertu, elle n’a jamais fait le saut, elle a dû, pour se défendre, refouler au dedans d’elle-même bien des sentimens qui devaient chercher un aliment ailleurs. Ce n’était point dans sa relation avec Louis XIV qu’elle pouvait trouver cet aliment, sauf peut-être durant les premières années où l’orgueil et l’amour de la gloire