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Page:Revue des Deux Mondes - 1897 - tome 141.djvu/497

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suivant l’expression employée par Sourches, « des plaisirs de la princesse », c’est-à-dire qu’elles ne viendraient que quand elles seraient appelées, et pour prendre part aux distractions qu’on lui offrait.

Quelques-unes de ces dames étaient d’un âge déjà respectable : ainsi la princesse d’Harcourt, la princesse de Soubise, la duchesse de Chevreuse, la duchesse de Beauvilliers. Ce sont celles que Saint-Simon appelle les duègnes. Mais il y en eut d’autres, en particulier la duchesse de Saint-Simon elle-même (non sans une tracasserie avec la duchesse du Lude qui crut la désignation faite en dehors d’elle), et trois jeunes filles, Mlles de Chevreuse, d’Ayen et d’Aubigné, cette dernière la propre nièce de Mme de Maintenon. « Les vieilles, ajoute Saint-Simon, étoient peu mandées et s’excusoient souvent, et c’étoit plutôt une distinction qu’une compagnie ; les autres étoient pour l’amusement et surtout pour les promenades [1]. »

Les promenades allaient tenir, en effet, une grande place dans la vie extérieure de la Princesse. Assez dur à lui-même, Louis XIV sortait par tous les temps, et il aimait qu’on l’accompagnât. Souvent, quand Mme de Maintenon était à Saint-Cyr, il lui écrivait de courts petits billets pour lui donner rendez-vous, au moment où elle sortirait, et pour lui proposer une promenade dans le parc de Versailles. Mais Mme de Maintenon se faisait vieille ; elle craignait le froid, l’humidité, et les promenades en carrosse ou à pied n’étaient guère plus son affaire. Peut-être aussi tout bas, et sans se l’avouer à lui-même, Louis XIV commençait-il à trouver cette compagnie un peu sérieuse. Celle d’une enfant très éveillée, pour qui tout était nouveauté et merveille, le devait égayer davantage. D’ailleurs, il avait sincèrement à cœur de distraire l’enfant.

« Le Roi, dit Dangeau, cherche chaque jour quelque chose de nouveau pour amuser la Princesse [2]. » C’étaient parfois de longues promenades en voiture dans la forêt de Marly. Le Roi prenait la Princesse dans son carrosse avec Mme de Maintenon, la comtesse de Mailly, la marquise de Dangeau. Comme ce lourd carrosse ne pouvait aller dans toutes les allées de la forêt, il changeait de voiture à certains endroits, et montait avec elle dans une petite calèche légère, où il lui donnait comme compagnes des jeunes filles de son âge, entre autres Mlle d’Aubigné et Mlle d’Ayen. D’autres carrosses, où c’était une grande faveur d’être admis, suivaient tant

  1. Saint-Simon, édition de Boislisle, t. IV, p. 313.
  2. Journal de Dangeau, t. VI, p. 64.