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Page:Revue des Deux Mondes - 1897 - tome 141.djvu/481

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Grèce avait été l’enfant gâté de l’Europe. Elle a eu de l’enfant gâté la promptitude à l’irritation, l’impatience à l’égard des conseils les plus désintéressés, les emportemens irréfléchis, et, ce qui est pire, la méconnaissance de ses véritables amis. Mais ce n’est pas le moment d’insister sur tous ces points, La Grèce est aujourd’hui cruellement malheureuse, et, bien qu’elle le soit par sa faute, elle ne trouvera chez nous qu’une sincère sympathie.

Il faut toutefois, laissant de côté ce qui aurait l’air d’une récrimination inutile, revenir sur le passé et relever les principales fautes qui ont été commises. La plus grande, est-U besoin de le dire aujourd’hui ? est d’avoir fait la guerre. Celle-là domine toutes les autres. En la condamnant comme la pire des imprudences, nous n’avons pu nous l’expliquer que par l’espérance qu’avait sans doute la Grèce de voir les États des Balkans sortir de l’immobilité pour se mettre à leur tour en ligne contre la Turquie. Mais d’où lui venait cette espérance ? Avait-elle jeté parmi les gouvernemens du Nord un coup de sonde habile et suffisamment profond pour en rapporter des prévisions légitimes ? Il semble bien qu’elle n’en ait rien fait. On est réduit à croire qu’elle n’a compté que sur ses propres forces, et qu’elle a cru que ce serait assez. Elle ne connaissait ni elle-même, ni son redoutable adversaire, erreur où une opinion assez répandue en Europe ne l’avait que trop encouragée. A force d’appliquer à l’empire ottoman l’épithète classique et banale de « l’Homme malade », elle avait fini par le croire à la dernière extrémité, et par s’étonner même qu’il ne fût pas déjà mort. Qui sait s’il ne l’était pas et si on n’avait pas seulement oublié de l’enterrer ? A voir l’extraordinaire sans-gêne avec lequel l’empire ottoman était traité comme un être négligeable, auquel on pouvait dicter de loin des volontés quelconques, et dont chacim se croyait libre de disposer à son gré, la pauvre Grèce s’est laissé entraîner plus qu’une autre à rUlusion commune, dangereuse pour tout le monde, mortelle pour elle. Nous n’avons pas cessé de répéter que, malgré les vices inhérens à son organisation administrative et politique, l’empire ottoman était une puissance militaire encore très résistante, non moins par le nombre et la qualité de ses soldats, que par l’instruction technique de quelques-uns de ses officiers, tels qu’Edhem-Pacha par exemple, et, au besoin, par la direction qu’ils avaient reçue ou recevaient d’ailleurs. Il l’est aussi par la situation géographique qu’U occupe en Europe et en Asie, sans parler de l’influence religieuse qu’il exerce dans une partie considérable de l’Afrique. Enfin sa décomposition matérielle, si, ce qu’à Dieu ne plaise I elle venait à se produire trop vite, infecterait l’Europe entière et y répandrait,