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de leur matériel d’armement aux magasins, dépendant des directeurs de travaux, où ces matières viennent se confondre avec celles qui servent aux besoins généraux de l’arsenal. Or, qui garantit qu’au moment de la mobilisation, nos unités de combat ainsi tenues en réserve retrouveront, dans les dépôts, tout ce qu’elles y avaient mis provisoirement, et qu’en outre les flottes combattantes seront assurées d’y puiser toujours les rechanges nécessaires ? On peut redouter que, préoccupés avant tout de leur principale mission, en temps de paix du moins, celle de la production aussi rapide et aussi économique que possible du bâtiment neuf, nos ingénieurs, ayant à leur disposition tous les matériaux sans distinction, étroitement tenus, d’autre part, dans les limites de crédits parcimonieusement alloués, parfois insuffisans, ne soient tentés d’affecter aux travaux des chantiers ce qui, dans les magasins, représente le bien propre de la flotte en service, et que la mobilisation complète n’en soit compromise.

Ces considérations, dont on ne peut contester la valeur, n’ont pas laissé de préoccuper vivement tous ceux qui se sont appliqués à l’étude de notre organisation maritime. Elles ont déterminé la réglementation qui, depuis 1887, a prévu la distinction, dans les écritures des comptables, des quantités de chaque objet d’armement appartenant à la flotte construite ; ils sont en outre tenus d’en signaler les articles et quantités qui viendraient à faire défaut sur les listes qui leur en sont données par bâtiment ; des instructions confient aux majors généraux la mission de s’assurer périodiquement de l’existence de ces articles réservés. Mais il n’en subsiste pas moins que les comptables, se trouvant dans la dépendance complète des directeurs de travaux, n’ont pas le pouvoir de s’opposer à la tendance inévitable de ces directeurs à puiser dans les réserves en vue de parer à des besoins immédiats. Il n’est personne qui nie qu’aujourd’hui les choses ne se passent parfois ainsi, en dépit des mesures introduites dans la réglementation. C’est sur ces constatations que se fonde l’idée de la séparation, dans l’arsenal, des services des constructions neuves et du service de la flotte, qui aurait ses dépôts, ses magasins où elle serait certaine de retrouver, à tout moment, gardées par ses propres comptables, ses réserves en matériel d’armement et de ravitaillement. Enfin, la logique conduirait à remettre la direction de ce nouveau service, la garde de ces dépôts au corps combattant, le véritable intéressé à la dis-