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Page:Revue des Deux Mondes - 1897 - tome 141.djvu/245

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guerre est officiellement déclarée, était bien conforme au principe de la neutralité. La Crète est un territoire ottoman ; ne doit-il pas, comme tous les autres, être soumis à la fortune des armes ? Pourtant l’Europe le lui a soustrait, et elle continue de le traiter comme s’il participait de sa propre neutralité. Est-ce bien conforme aux principes ? Il y a là une question qui peut, évidemment, être posée à un candidat dans un examen de droit des gens, et les argumens ne lui manqueraient pas s’il voulait soutenir le pour ou le contre. Mais, en fait, la situation de la Crète est antérieure à la déclaration de guerre, et ne peut être modifiée par elle. La Crète a été confiée parle sultan lui-même, c’est-à-dire par son souverain légitime, aux puissances, qui en ont accepté le dépôt et se sont chargées de ses destinées. A partir de ce moment, l’Europe a demandé à la Porte et à la Grèce d’y maintenir le statu quo militaire et de ne pas y envoyer de troupes. La Porte a obéi ; la Grèce, au contraire, a passé outre et a envoyé le colonel Vassos. A défaut d’autres considérations, celle-là est suffisante pour justifier les puissances, lorsqu’elles conservent la Crète sous leur tutelle, et ne permettent pas aux Grecs de la faire entrer dans le champ de leurs opérations. La Porte a pu accumuler toutes les forces qu’elle a voulu en Macédoine, mais il lui a été interdit d’expédier à la Canée un seul soldat de plus. Les forces turques et grecques y ont été maintenues, à partir d’un certain moment, dans une proportion artificielle et arbitraire. L’Europe a contracté à l’égard du sultan des obligations qu’il est aujourd’hui de sa dignité de remplir. Au surplus, l’Angleterre le sait bien, et elle n’a pas insisté sur l’observation qu’elle a faite. Nous ne sommes pas bien sûrs que d’autres puissances n’en aient pas fait d’autres, de leur côté, sans y insister davantage. En somme, les adhésions qui ont été données au comte Mouravief n’ont pas été sans quelques réserves, qu’on invoquera plus tard, ou dont on ne parlera plus, suivant les circonstances. N’est-ce pas ainsi que s’est toujours établi et comporté le concert européen ? Les prévisions énoncées dès aujourd’hui sont nécessairement un peu sommaires et superficielles. Les événemens pourront les modifier. Toutefois, il n’était pas inutile qu’après avoir éprouvé des déceptions assez propres à la décourager, l’Europe indiquât qu’elle n’éprouvait pas ce sentiment, et qu’elle restait prête à intervenir dès que le moment en serait venu. Elle n’abdique pas, nous le disons à son éloge. Mais aussi longtemps que la parole sera au canon, il serait prématuré de la part des diplomates de vouloir y mêler la leur : on ne l’entendrait pas. Peut-être, dans peu de jours, l’écouterat-on davantage ; mais beaucoup de sang aura coulé, et sans doute