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arrêter les développemens. Toutes les puissances, y compris l’Allemagne, ont adhéré à sa proposition. Elle consiste à rappeler que l’Europe ne permettra pas à l’agresseur de profiter de sa victoire, ce qui n’est pas bien dangereux, quel que soit l’avenir, puisque la qualité d’agresseur n’appartient distinctement à personne et que chaque puissance restera maîtresse, si elle y trouve intérêt, de la reconnaître chez celui-ci ou chez celui-là. La seconde partie de la proposition russe a une portée plus pratique. Le comte Mouravief émet l’avis que l’Europe doit pratiquer la neutralité la plus absolue et n’intervenir entre les belligérans que lorsque l’un des deux en aura fait la demande formelle. On sera certain alors que la médiation pourra être efficace. Lorsqu’on aura besoin de l’Europe, on l’appellera et cet appel sera entendu aussitôt. Voilà ce dont la Grèce peut être assurée. Et si nous ne parlons que de la Grèce, ce n’est pas seulement parce que son échec définitif est le plus probable, mais parce que, si elle était victorieuse, la médiation de l’Europe serait indéfiniment retardée ; et la guerre prendrait des développemens contre lesquels toutes les précautions de la diplomatie demeureraient vaines. C’est alors qu’il serait impossible de retenir les puissances balkaniques. Écartons cette éventualité. Admettons que la Grèce finisse par solhciter l’intervention européenne. Le comte Mouravief estime que cette médiation devra être collective, comme l’ont été jusqu’ici toutes les résolutions des puissances. Soit ; mais, s’il y a dans cette unanimité une garantie très appréciable, il peut y avoir aussi, pour l’établir, une difficulté qui ne le sera pas moins. Qui peut dire, en effet, à quel moment l’Allemagne considérera la guerre comme terminée ? Se rangera-t-elle à la simple appréciation de la Grèce ? Suffira-t-il à ses yeux que celle-ci ait réclamé la médiation de l’Europe pour que l’heure lui paraisse venue de l’accorder ? Ce sont là des questions auxquelles il est difficile de répondre d’avance. Tout ce que nous pouvons dire, c’est que plusieurs journaux allemands, et ceux qui sont connus pour avoir des attaches officieuses, protestent déjà contre l’hypothèse que la guerre pourrait s’arrêter à l’occupation de Larissa et de la Thessalie. Pourquoi arrêter les Turcs au milieu de leur victoire ? De quel droit les empêcher de la pousser jusqu’au bout ? Nous notons ce scrupule, qui est très vif chez certains journalistes allemands, sans aller toutefois jusqu’à l’imputer à leur gouvernement.

Le gouvernement anglais en a éprouvé un autre à la lecture de la circulaire du comte Mouravief. 11 s’est demandé si l’attitude de l’Europe en Crète, ou la prolongation de cette attitude maintenant que la