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Page:Revue des Deux Mondes - 1897 - tome 140.djvu/960

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exactement ce qui s’est passé. Suivant toutes les vraisemblances, et cette version est d’ailleurs conforme à la plupart des récits, les Grecs ont commencé. S’ils étaient au nombre de deux et même de trois mille, comme on l’assure, il est impossible d’admettre qu’il n’y ait eu là que des irréguliers ; mais c’est un point sur lequel nous ne voulons pas insister. L’action des ligues patriotiques, indépendantes du gouvernement et irresponsables, suffit pour expliquer la tentative qui vient de se produire. La situation de l’armée grecque sur la frontière est des plus paradoxales. Elle ne saurait se prolonger indéfiniment, pour le motif que nous avons déjà donné, à savoir que le maintien sur le pied de guerre de la petite armée hellénique coûte très cher. D’autre part, on ne voit pas ce que ce sacrifice pourra jamais rapporter. De deux choses l’une, en effet : ou les Grecs continueront à ne rien faire, et alors à quoi bon cette mise en scène guerrière ? où ils se battront, et alors, autant du moins que la prévision humaine peut s’appliquer aux choses militaires, ils expieront cruellement leur imprudence. Ce n’est pas leur courage qui est en cause ; ils en ont autant que personne ; mais le courage ne suffit pas contre une armée que nous persistons à croire mieux organisée et plus résistante que la leur et qui, dans tous les cas, a la supériorité du nombre dans des proportions écrasantes.

Nous plaignons les Grecs de s’être mis dans une situation pleine d’angoisses : ils ne peuvent pas plus y rester qu’en sortir avec avantage. Leur conduite serait inexplicable, aussi bien pohtiquement que miUtairement, s’ils n’avaient pas espéré que leur mouvement offensif du côté de la Macédoine en déterminerait d’autres du même genre de la part des Bulgares et des Serbes, sans parler des Monténégrins. Ils avaient compté par surcroit que l’Albanie, travaillée de vieille date par des fermens révolutionnaires, se soulèverait également, et que, pour faire front à tant de périls divers, l’armée ottomane serait obligée de se diviser. Malheureusement pour eux, aucune de ces prévisions, si judicieuses en apparence, ne s’est réalisée. Les petites puissances balkaniques, soit qu’elles aient obéi spontanément aux conseils de la sagesse, soit qu’elles les aient reçus du dehors et qu’elles les aient écoutés, ont conservé un sang-froid tout à fait exemplaire. Elles n’ont rien vu dans les allures de la Grèce qui se recommandât à leur imitation : loin de là ! à mesure que les Grecs se laissaient exalter et entraîner davantage, elles opposaient à leur bouillonnement patriotique le contraste d’une tenue toujours plus réservée et plus correcte. Pendant que le sud de la péninsule était livré à des agitations fiévreuses, on voyait au nord le roi de Serbie et le prince de Bulgarie se faire