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Page:Revue des Deux Mondes - 1897 - tome 140.djvu/431

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fonds étranger pendant la période d’émission des grands emprunts français 5 pour 100 aux environs de 83, mais même de réaliser quelques-uns de ceux que l’on possédait pour les remplacer par des inscriptions sur notre Grand-Livre. M. Say a résumé le phénomène en disant que les choses s’étaient passées comme si les 5 milliards avaient été remis à Berlin en titres de rente, et que les Français eussent expédié leurs épargnes à Berlin pour racheter ces titres de rente, de même qu’ils les envoyaient auparavant en Italie, aux Etats-Unis, en Autriche et en Turquie, pour acheter de la rente italienne, américaine, turque, ou des actions ou obligations de chemins de fer autrichiens. Aussitôt les 5 milliards d’emprunt absorbés et classés, le flot s’est de nouveau répandu au dehors. Aucune catastrophe n’étant venue interrompre depuis lors le cours naturel des choses, ni bouleverser l’harmonie économique de notre pays, celui-ci a continué de consacrer une part de ses réserves à l’acquisition de valeurs étrangères. Le courant a été plus ou moins fort, selon les résultats de ce que nous appellerons le bilan général annuel du pays, croissant à la suite des années de prospérité commerciale et industrielle, diminuant au contraire dans les temps moins favorables. Il a été, à plusieurs reprises, ralenti par des émissions successives de rentes françaises 3 pour 100, notamment par celle de i milliards de rente amortissable, faite en plusieurs fois, et divers emprunts, dont l’un a servi à convertir d’anciennes rentes 4 et demi et 4 pour 100 en 3 pour 100 perpétuel ; les uns et les autres, étant toujours l’objet favori des rentiers, ont absorbé, aux époques de leur émission, les disponibilités du marché.


III

Quelle est aujourd’hui la composition de ce portefeuille étranger, que la prévoyance et l’épargne française nous ont constitué peu à peu et qui forme, nous l’expliquerons dans un instant, une merveilleuse réserve, non seulement pour les particuliers individuellement possesseurs des titres, mais pour la nation elle-même considérée dans son ensemble ? L’ordre le plus rationnel et le plus simple en même temps consiste à examiner les principaux pays auxquels nous avons, sous une forme ou une autre, donné notre concours financier, et chez qui nous sommes, selon une expression commerciale, restés intéressés