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Page:Revue des Deux Mondes - 1897 - tome 140.djvu/373

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C’était peu que détailler le corps militaire ; il fallait lui donner un cerveau. Le principal effort du général Milioutine fut pour élever parmi les officiers le niveau des connaissances : on développerait par là en eux la personnalité, le caractère, la dignité. Depuis Anna Ivanovna, ils avaient eu pour moyen principal de recrutement et d’éducation les corps de cadets ; ces pépinières fermées, réservées aux fils de nobles et d’officiers supérieurs, prenaient dans l’armée pour rendre à l’armée et ne dispensaient qu’une instruction restreinte hors de proportion avec le rôle nouveau attribué à l’officier. Milioutine réduisit les corps des cadets à n’être plus que des gymnases diffusant l’instruction classique ordinaire. Il créait en même temps des écoles militaires où les cadets, une fois sortis du corps, viendraient se préparer par deux années d’études spéciales à l’honneur de porter l’épaulette : l’accès de ces écoles était d’ailleurs possible aux jeunes gens formés dans les établissemens publics d’instruction. Ainsi d’une part, la catégorie des officiers allait bénéficier d’une plus-value intellectuelle ; de l’autre, la cloison tombait qui jusqu’alors avait séparé la caste militaire de la classe dite intelligente. Mais ces deux effets ne pouvaient se faire sentir tout de suite ; au contraire, l’augmentation de l’armée, portée de 30 à 47 divisions, la ruine des propriétaires qui avaient précédemment trouvé dans le service des occasions et des loisirs pour jouer ou boire leurs revenus, enfin la demande d’intelligence que faisait de toutes parts entendre une Russie impatiente de se renouveler, ces différentes causes augmentaient encore momentanément la pénurie et la faiblesse du cadre officiers. Pour parer au déficit et pour aller au plus pressé, on créa à partir de 1861 des écoles de younkers, établissemens militaires d’accès plus facile, puisqu’ils devaient se recruter au moyen d’engagés volontaires munis d’une instruction secondaire incomplète. Ces écoles n’ont pas cessé de fonctionner depuis ; comparables à nos écoles de sous-officiers, elles donnent à l’armée des officiers munis d’une forte instruction professionnelle et généralement réservés au service de troupe.

Le caractère de la réforme se reconnaît encore dans le perfectionnement apporté au recrutement de l’état-major général. Ce capital problème avait subi dans le courant du siècle plus d’une solution, mais toutes participaient d’une conception fausse, celle d’un corps d’état-major fermé, ayant ses règles d’avancement propre et point de débouchés vers le commandement. On