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Page:Revue des Deux Mondes - 1897 - tome 140.djvu/317

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plus utilement contribuer dans l’avenir au progrès de l’un et de l’autre pays.

Pour moi, depuis l’époque où je fréquentais l’Université, l’étude de l’histoire n’a pas cessé de m’attirer invinciblement ; et, aussi bien, quoique les loisirs du diplomate ne soient pas tout à fait aussi fréquens que se l’imaginent quelques personnes, ses occupations, ses voyages, ses obligations professionnelles ne l’encouragent pas seulement, elles lui font un devoir de continuer et de poursuivre cette étude aussi longtemps que sa carrière même. C’est dans votre pays que j’ai fait l’expérience de quelques-unes de ces obligations. C’est dans votre pays qu’il m’a été donné de joindre à la connaissance des principes que j’avais puisés à l’école d’Henri Wheaton, votre illustre légiste, la pratique des difficultés d’application qu’ils soulèvent. Et c’est enfin dans votre pays, pendant la période d’agitation où j’y ai séjourné, que j’ai pu mesurer quelle chose complexe, quelle matière épineuse et quelle matière délicate était le droit international.

J’arrive maintenant au sujet de ce discours ; et tout d’abord cette réflexion m’arrête qu’il n’est pas facile à un orateur de découvrir, en un sujet déjà traité par tant de bouches éloquentes et tant de plumes habiles, quelque chose d’assez original ou d’assez nouveau pour retenir votre attention.

Laissez-moi du moins essayer de la fixer un moment sur les sentimens de Georges Washington, aux jours de sa jeunesse, à l’égard de la mère patrie. Je n’ai pas besoin de m’attarder à vous rappeler la peine que de zélés historiens se sont donnée pour établir que son origine était illustre, et qu’il descendait d’une famille déjà célèbre au temps de la féodalité. Assurément, on a toujours le droit de croire avec Horace que « les purs et les forts ne descendent que de la race des purs : Fortes creantur fortibus et bonis » ; mais ce qui est bien certain, c’est que Washington lui-même semble s’être assez peu soucié du prestige que l’on tire d’une longue lignée d’ancêtres. Nous savons, par son propre témoignage, qu’il n’a jamais accordé que fort peu d’attention à l’origine de sa famille. Et c’est vraiment de lui qu’on peut dire avec raison :

Qu’il lui paraît en toute affaire
Que les vrais nobles sont les bons,
Mieux vaut grand cœur que vieux blasons
Et que sang normand, foi sincère…