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Page:Revue des Deux Mondes - 1897 - tome 140.djvu/286

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s’écoule, par des pentes naturelles, toute la sève, toute l’âme de la nation, est-il un progrès ? Est-il un danger ? C’est une idée bizarre, quand il y a tant de sol vacant sur le reste du territoire, de vouloir à prix d’or s’agglomérer et se coudre les uns aux autres, en quelque mauvaise assiette que ce soit, sur un emplacement mesquin de 72 kilomètres carrés. Mais aussi c’est une idée raisonnable de se rapprocher, pour mettre en commun les bienfaits de l’association que procure la ville.

Ces bienfaits ont d’ailleurs, suivant les temps, changé de nature. Ils satisfont aujourd’hui un besoin de jouissance ; ils satisfaisaient naguère un besoin de sécurité. Les hommes se groupèrent d’abord pour se défendre contre les bêtes ; les petits s’accotèrent pour se prémunir contre les grands. Une première période fut absorbée par cette besogne : la confection de la cité-armure ; une seconde, quand les loups et les brigands eurent disparu, se passa à refaire ces villes de peur et de combat, où l’on était si mal, à leur substituer la ville de commodité et de luxe — cité-casino et magasin. Paris grossissant fit craquer successivement quatre ceintures de remparts, et changea de peau en même temps qu’il emjambait ses enceintes. Créé pour protéger, non pour plaire, il possédait une garde nationale et point dégoûts, des murailles et point de trottoirs. Les municipalités d’autrefois réglementaient beaucoup de choses qui maintenant sont laissées libres ; ces services publics de jadis ont cessé de fonctionner quand ils ont cessé d’être utiles. Pièce à pièce, d’autres organes ont surgi qui n’existaient pas. On purgea l’antique Lutèce de sa crasse, de ses ordures ; on obligea les rues à se tenir droites, on leur rendit l’air et le soleil — ces biens que, depuis plusieurs siècles, le citadin avait perdus.


I

La rénovation des villes a marché de pair avec leur extension toute contemporaine : de Charlemagne à Napoléon il avait fallu à Paris un millier d’années pour conquérir les 600 000 âmes qu’il abritait en 1811 ; il lui a suffi de quatre-vingt-cinq ans pour porter ce chiffre à plus de 2 millions et demi d’habitans. S’arrêtera-t-il à ce total ? Londres, avec ses 5 millions d’êtres humains, ne dépasse-t-il pas déjà la population de l’Ecosse ?

La taille de notre capitale ne s’est pas accrue en proportion