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Page:Revue des Deux Mondes - 1897 - tome 140.djvu/217

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vraie, non, pas même dans les yeux des jolis bébés. » Il se plaint aussi qu’au contact des Européens, ce peuple ingénieux, merveilleusement doué pour les arts, mais trop imitateur, est en voie de perdre son génie propre, de le remplacer par le génie de la contrefaçon, « que, comme les Belges, il fabrique des allumettes suédoises, mais qu’on n’y trouverait plus un artiste capable de faire une belle boîte en laque d’or. » Il lui reproche enfin de manquer des qualités nécessaires au grand commerce, d’être à cet égard très inférieur à ses rivaux du Céleste-Empire, de n’avoir pas cette bonne foi élémentaire qui est le fondement du crédit ; il affirme que dans les affaires, au dire des négocians de l’Extrême-Orient, la parole d’un Chinois établi et connu vaut mieux qu’un engagement en bonne et due forme, signé et paraphé d’un Japonais. Il ajoute que ces pauvres Chinois, si dédaignés aujourd’hui, ont sans doute leurs petits travers, mais que la Chine est un pays où l’on respecte les mères et les morts, que cette vertu rachète bien des défauts.

Pendant son séjour dans l’île de Ceylan, lorsqu’il habitait le district des planteurs de thé, il a vu deux Anglais, tannés par le soleil des tropiques, couperosés par le whisky, grisonnans, mais solides, jouer le golf avec passion, avec sérieux et avec méthode. Chaque jour, à la même heure, qu’il fît beau, qu’il ventât ou qu’il plût à torrens, il les a vus se mettre en tenue, pantalons courts, bas longs, gilets dédiasse tricotés, et jouer leur partie plusieurs heures durant, sans jamais ouvrir la bouche, sauf pour murmurer dam ! quand ils donnaient un faux coup de crosse. Son esprit s’est ouvert : il a reconnu que travail, politique ou sport, le caractère distinctif des Anglais est de se mettre tout entiers dans tout ce qu’ils font, que cette persévérance de volonté, ce sérieux dans les petites choses comme dans les grandes, cette attention concentrée est le secret de leur puissance colonisatrice et de la prospérité de leur colossal empire. Mais il a constaté aussi à Saigon que, tandis que la Grande-Bretagne traite ses sujets comme des êtres de caste inférieure, avec une morgue hautaine, le joug des Français paraît plus léger, plus doux aux peuples qu’ils gouvernent : « Moins pratique sans doute, mais plus aimable, dit-il, est le génie de la France. Qu’elle conserve, au prix de généreux sacrifices, son rôle en Extrême-Orient, afin qu’un sourire vienne parfois diminuer la distance effroyable qui sépare les hommes blancs des hommes jaunes ! » Voilà des impressions qui ont leur prix, et quoi qu’en dise le glorieux inconnu qui a écrit l’Imitation, il est bon quelquefois de s’échapper de sa cellule.

M. Seippel, qui n’a point de prétentions, ne se flatte pas d’avoir