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Page:Revue des Deux Mondes - 1896 - tome 136.djvu/957

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valable, ensuite parce que cette formalité leur paraissait sans objet puisqu’ils formaient un bloc dont toutes les parties étaient cimentées entre elles par les obligations d’un mandat uniforme et absolu. C’était à prendre ou à laisser. On a perdu encore beaucoup de temps à discuter toutes ces questions de forme, sous lesquelles se cachaient, à la vérité, des questions de fond plus importantes. Finalement, les députés chrétiens ont déposé un programme en douze ou treize points, qu’ils ont présenté comme un ultimatum irréductible, et qui, s’il était adopté, donnerait à l’île une sorte d’autonomie sous la haute autorité d’un gouverneur chrétien nommé pour cinq ans. Le tout serait placé sous la protection des puissances.

A partir de ce moment, les députés chrétiens auraient voulu cesser de se réunir et se disperser. Nous ne savons pas trop s’ils siègent encore quelquefois à l’heure qu’il est ; s’ils le font, c’est seulement pour la forme. On leur a demandé de rester à la Canée ; ils y restent, en attendant la réponse de la Porte. Les quelques séances que l’Assemblée a tenues ont été d’ailleurs des plus agitées. La tempête a éclaté dès le premier jour, le nouveau gouverneur, Georgi Berovitch, ayant, sans mauvaise intention, à coup sûr, lu en turc le discours d’ouverture, qui aussitôt avait été traduit et reproduit en grec. N’importe ! les députés chrétiens ont vu dans ce simple fait une provocation intolérable et une violation de la convention d’Halepa. L’article 9 de la convention se borne à dire : « La correspondance générale du vilayet, ainsi que les procès-verbaux et mazbatas des tribunaux et conseils se feront en deux langues. Mais, comme les habitans musulmans et chrétiens de l’île parlent le grec, les délibérations de l’Assemblée générale et des tribunaux auront lieu dans cette langue. » Un discours d’ouverture ne fait point positivement partie des délibérations d’une assemblée, et Georgi Berovitch a pu prononcer le sien en turc sans commettre un coup d’État. Nous ne citons ce fait, qui a déchaîné l’orage, que pour montrer à quel point les députés chrétiens se montrent ombrageux et susceptibles. Le mal ne serait pas très grand s’il n’avait eu que des conséquences parlementaires ; par malheur ses conséquences se sont étendues beaucoup plus loin. La Porte était en droit de croire que l’acceptation par elle des quatre points qui lui avaient été soumis entraînerait la suspension des hostilités. Les quatre points étaient présentés, en effet, comme la condition d’un armistice auquel les deux parties paraissaient tenir également. L’armistice a été fort mal respecté, et les insurgés ont donné pour excuse à leur propre conduite les prétendues violations de la foi jurée qui auraient été commises par les autorités ottomanes. Les troupes régulières sont restées le plus souvent dans une réserve relative, mais le champ n’en a été que plus libre pour les bandes musulmanes et chrétiennes qui sillonnent le pays. Il y a sans