Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1896 - tome 136.djvu/938

Cette page n’a pas encore été corrigée


Jayme Castellar, des Jean Le Vacher et des P. Montmasson n’en seraient pas moins dignes !

Ce n’est pas seulement le nom de chrétien et de catholique, c’est celui de Français qu’ils ont fait respecter par leur probité, leur loyauté dans l’observation des traités, leur esprit d’équité et de conciliation dans les affaires litigieuses, surtout leur dévouement pour les captifs en temps d’épidémie, pour les malades sans acception de culte. Aussi, lorsque après tant de siècles de longanimité, pour ne pas dire de faiblesse ou d’insouciance, la France royale s’est décidée à tirer l’épée pour obtenir réparation de tant d’insultes et de dommages faits à nos nationaux et à nos consuls, elle avait pour elle non seulement le bon droit, mais encore des titres sérieux au gouvernement du Mâgreb. Les plus humbles, mais non les moins braves de ses enfans, par leurs sueurs, par leurs larmes, par leur sang, avaient commencé à humaniser « la Barbarie » et y avaient fait aimer le nom de la France, comme celui de la protectrice naturelle des opprimés et des vaincus. — Une fois le dey d’Alger expulsé, une fois cette œuvre de justice accomplie, ce sont encore des religieux français : les Trappistes, les Pères blancs, qui, sous l’impulsion généreuse du cardinal Lavigerie, ont repris l’œuvre des Lazaristes, interrompue par la conquête. N’avons-nous donc pas le droit de conclure que ces moines obscurs, aujourd’hui presque oubliés, ont été les vrais précurseurs de la civilisation française dans l’Afrique musulmane, et que l’Algérie, la Tunisie et Madagascar nous appartiennent à double titre, et par droit de conquête, et, mieux encore, par les droits de la charité ?


G. BONET-MAURY.