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Page:Revue des Deux Mondes - 1896 - tome 136.djvu/935

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leur parole eut plus d’écho chez les Ho vas qu’auprès des colons ou des soldats européens. Ils trouvèrent bon accueil auprès d’un chef, nommé Audian Ronach, qui avait été à Goa et avait gardé quelques souvenirs de l’instruction reçue des prêtres portugais. Cependant le climat meurtrier faisait son œuvre : l’année ne s’était pas écoulée que tous deux étaient morts. Ils n’avaient pas donné leur vie en vain ; ils laissaient six cents indigènes baptisés, et le P. Nacquart avait écrit une relation détaillée de son voyage et de ses travaux missionnaires.

M. Toussaint Bourdaise (de Blois) fut envoyé pour les remplacer et réussit à s’acclimater : mais, seul, il succombait à la tâche et demanda du renfort. Saint Vincent lui envoya, en novembre ou décembre 1650, trois prêtres : MM. Claude Dufour, ancien missionnaire à Sedan, Prévost et de Belleville, qui le secondèrent avec beaucoup de succès, mais furent à leur tour emportés par la fièvre ou la dyssenterie. Les vaillans Lazaristes ne reculèrent pas devant les coups meurtriers du climat ; pour animer leur courage, saint Vincent faisait lire au réfectoire de Saint-Lazare la relation de voyage du premier missionnaire mort à Madagascar, Nacquart.

Dans une lettre au P. Bourdaise (octobre 11)59), saint Vincent, après avoir, non sans fierté, énuméré les noms de ces premiers soldats du Christ tombés au champ d’honneur, écrit :

Ces pertes n’ont pas été capables de rien rabattre de notre résolution à vous secourir, ni d’ébranler celle des quatre prêtres qui vont vers vous, lesquels ayant eu de l’attrait pour votre mission, nous ont fait de longues instances pour y être envoyés.

Et il termine ainsi :

Priez aussi Notre-Seigneur pour moi, s’il vous plaît, car je ne la ferai pas longue, à cause de mon âge qui passe quatre-vingts ans et de mes mauvaises jambes qui ne veulent plus me porter. Je mourrais content si je savais que vous vivez et quel nombre d’enfans et d’adultes vous avez baptisés. Mais, si je ne le puis apprendre en ce monde, j’espère de le voir devant Dieu, en qui je suis pour l’amour de Notre-Seigneur.

A mesure, en effet, qu’il sentait approcher sa fin, les dernières ombres de son esprit s’effaçaient sous les rayons de l’amour divin qui embrasait son cœur. Nos Lazaristes, parmi lesquels se trouvait le P. Montmasson et le frère Patte, devaient s’embarquer à La Rochelle, sans doute sur un navire anglais, et il y avait des protestans à bord. Le frère Patté en avertit son supérieur avec force doléances, sans doute, et voici la réponse de saint Vincent :