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Page:Revue des Deux Mondes - 1896 - tome 136.djvu/925

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captifs d’abjurer que le bey le fît une fois mettre à la chaîne. Après les jeunes gens, c’est aux prêtres et aux religieux esclaves qu’il témoignait la plus vive sollicitude, car le bagne, en relâchant le lien de la discipline ecclésiastique, était devenu pour beaucoup une école de vice et de démoralisation. Jean Le Vacher, recourant plus souvent à la persuasion qu’à la menace des peines canoniques, en ramena le plus grand nombre au souci de leur dignité et put alors les employer au service des chapelles des bagnes. Il les fit, à cet effet, dispenser de tout travail servile, moyennant une petite redevance, dite « lune » payée chaque mois à leurs maîtres. Lui-même, suivant l’exemple du supérieur de Saint-Lazare à Paris, servait de secrétaire et de banquier aux esclaves pour correspondre avec leurs familles et négocier leurs rançons. Il n’hésitait pas à franchir à pied des distances de dix à quinze lieues pour aller les visiter dans les fermes éloignées, à El-Cantara, à la Tabourne, à la Molochia, etc. C’est là que Jean Le Vacher faisait les missions proprement dites, qui consistaient en sermons, confessions et communions, et se terminaient en général par une sorte d’agape. Ce fut lui qui institua la coutume, qui s’est longtemps conservée, de convier deux fois par an, à Noël et à Pâques, tous les Français, esclaves ou libres, en un repas au consulat de France. On juge si nos pauvres galériens de Tunis se rendaient avec joie à ces festins du fondouk. Pour subvenir à toutes ces dépenses, le consul lazariste ne disposait que de 2500 livres que rapportaient les droits consulaires, et des 1500 livres qu’il recevait à titre de subvention de la province de Saint-Lazare à Marseille. Ces 4 000 livres étant manifestement insuffisantes, Jean Le Vacher dut faire des emprunts, et, en 1659, il avouait un découvert de 1 200 écus, soit 3600 livres. Son supérieur saint Vincent, dans sa lettre du 18 avril, lui adresse de douces remontrances ; il lui recommande d’égaler sa mise à sa recette, et, chose qui devait lui être dure, de ne pas emprunter, même pour faire la charité ! Cette générosité perdit le consul lazariste. S’il était l’idole des esclaves et l’homme de confiance des marchands de Tunis, il devint, hélas ! suspect à la Chambre de commerce de Marseille qui, trompée par son train de maison, se figura que le consulat de Tunis rapportait de gros revenus et que ce serait une bonne affaire de s’en emparer. Le Vacher fut victime d’une basse intrigue ourdie contre lui. Un sieur Dumoulin, gentilhomme de Paris, envoyé pour ratifier le traité conclu entre le duc de Beaufort et le dey Hadji-Mustapha, se dit chargé par le ministre de lui reprendre les sceaux du consulat. Saint Vincent de Paul n’était plus là pour défendre son fidèle