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Page:Revue des Deux Mondes - 1896 - tome 136.djvu/895

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démocratique, qui a siégé à Chicago du 7 au 11 juillet dernier. Déjà la plate-forme républicaine, adoptée par la Convention de Saint-Louis le 18 juin, s’était prononcée en faveur de la monnaie saine (sound money) et du maintien de l’étalon d’or :

Le parti républicain est sans restriction favorable à la monnaie saine. C’est lui qui a fait passer la loi de reprise des paiemens en espèces en 1879 ; depuis cette époque, chaque dollar a valu de l’or. Nous sommes absolument opposés à toute mesure calculée en vue de déprécier notre étalon ou de porter atteinte au crédit du pays. Nous sommes donc hostiles à la libre frappe de l’argent autrement qu’en vertu d’un arrangement international avec les principaux peuples commerçans du monde. Nous nous engageons à appuyer un arrangement de ce genre. Mais jusqu’à ce qu’il puisse être conclu, l’étalon d’or doit être conservé tel qu’il existe. Toute notre circulation d’argent et de papier doit être maintenue à la parité de l’or. Nous sommes en faveur de toute mesure de nature à maintenir, d’une façon inviolable, les obligations des États-Unis et leur monnaie, qu’elle soit de métal ou de papier, à l’étalon actuel, qui est celui des nations les plus éclairées du monde.

Cette déclaration fut adoptée par la Convention républicaine à une grande majorité ; seul, un petit groupe de délégués de l’ouest se joignit au sénateur Teller, du Colorado, lorsque celui-ci refusa de s’incliner devant la décision de la Convention au sujet de la monnaie, et se retira (bolted).

Le parti démocrate, de son côté, était profondément divisé sur la question monétaire. Mais à peine la Convention du parti est-elle réunie à Chicago que la puissance des argentistes se manifeste. Les délégués des États de l’ouest entrent en lice avec une ardeur et une violence sans égales. Dès le début, un antagonisme complot éclate entre eux et les délégués de l’est, qui proclament la nécessité de rester fidèles aux principes monétaires de M. Cleveland. Toutes les autres questions, jusqu’à celle du tarif, passent au second plan, et les Etats-Unis présentent le spectacle curieux d’une grande bataille politique concentrée sur une portion restreinte du terrain des intérêts matériels. Il ne s’agit plus de l’ensemble des questions économiques, qui jouent un rôle assez considérable dans la vie des nations modernes pour mettre les passions en mouvement, en dehors de toute question purement politique ; il ne s’agit même pas, quoi qu’en disent Mac-Kinley et ses amis, de protection ou de libre-échange. Le débat est réduit à la question monétaire : restera-t-on fidèle à l’or, ou bien admettra-t-on concurremment à la libre frappe les deux métaux dits précieux : l’or et l’argent ? C’est ce point qui met en ébullition soixante-dix millions d’hommes ; c’est pour vider la querelle du métal jaune et du métal blanc, des gold bugs (punaises d’or) et des silver cranks (fous d’argent), que des dizaines de mille de journaux, imprimés à des dizaines de millions d’exemplaires,