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Page:Revue des Deux Mondes - 1896 - tome 136.djvu/894

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Mac-Kinley, deux fois condamné par le suffrage universel :

Ce tarif, présenté faussement comme protégeant l’industrie nationale, n’a servi qu’à engendrer une foule de trusts et de monopoles, a enrichi le petit nombre aux dépens de la masse, a restreint le commerce et privé les producteurs américains de leurs débouchés naturels.

Mais il est dit plus loin : « Jusqu’à ce que la question monétaire soit réglée, nous nous opposons à tout changement dans notre législation douanière. » C’est renoncer clairement à livrer bataille sur le tarif. D’autre part, rien ne prouve qu’une fois à la présidence, Mac-Kinley s’empresserait d’agir dans le sens d’une augmentation des tarifs actuels : elle sera réclamée par nombre d’industriels, toujours prêts, par tous pays, à crier à l’aide ; mais les demandes seront sans doute si nombreuses, que la voix des consommateurs pourrait s’élever à son tour, et modérer les appétits des manufacturiers.

Quoi qu’il en soit, aucune des deux plates-formes que nous venons de citer, malgré la redondance des phrases, ne prend d’attitude intransigeante en matière douanière ; et il serait facile de démontrer qu’on pourrait à la rigueur conserver ou modifier le tarif actuel en restant dans le cadre des déclarations républicaines ou démocratiques [1]. C’est donc à propos de la question monétaire que nous devons chercher à trouver chez les politiciens une attitude décidée, des principes ou du moins des opinions arrêtées. Tel n’était pas le cas au début de la campagne actuelle. Si la majorité des républicains, surtout dans l’est, est très énergiquement favorable à ce qu’on appelle dans le jargon courant la monnaie saine (sound money), le favori Mac-Kinley évitait tout d’abord de se prononcer sur la question. L’un des grands journaux de New-York, l’Evening Post, s’amusait à publier chaque jour de nombreux extraits de discours dans lesquels Mac-Kinley s’est exprimé en termes favorables au bimétallisme. Mac-Kinley de son côté se renfermait dans un prudent silence : les « Forain » de là-bas le représentaient les yeux fermés et la bouche close par la main de son Éminence grise, du célèbre Mark Hannah : « Je n’ai rien à dire, I have nothing to say, » est la légende.


III

Mais cette situation ambiguë du début de la campagne n’a pas tardé à se modifier à la suite de la réunion de la Convention

  1. D’après des nouvelles plus récentes, les républicains refuseraient cependant aux démocrates, qui seraient disposés à voter pour Mac-Kinley, de faire des concessions sur la question du tarif.