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Page:Revue des Deux Mondes - 1896 - tome 136.djvu/891

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quelques années sous le gouvernement du républicain Harrison, et légèrement abaissé en 1894, sous une présidence démocratique, par une loi dite Wilson bill. On attribuait la crise de 1893 à l’excès des tarifs protecteurs et à la législation monétaire : sous le coup de ses souffrances, le pays approuva un double changement dans l’une et l’autre politique. Mais aujourd’hui que la prospérité promise ne lui semble pas revenir assez vite, il est de nouveau prêt à voter en sens contraire. Ce n’est pas le lieu de discuter une théorie économique. Constatons cependant que l’Amérique est mieux armée qu’aucune autre contrée pour la lutte sur le terrain du libre-échange. La richesse et l’étendue de son sol lui permettent d’exporter nombre de matières premières : elle devient de ce chef créancière de l’étranger et achète à son tour des produits fabriqués au dehors. Cela est si vrai qu’à une époque dont nous ne sommes pas éloignés les revenus des douanes dépassèrent largement les besoins du Trésor et parurent à beaucoup de bons esprits un impôt injustement prélevé sur le consommateur, c’est-à-dire sur la masse. Craignant de les voir abolir, les protectionnistes inventèrent le système des pensions, dont l’objet principal fut de trouver un emploi à d’énormes excédens budgétaires. Avec une armée de 25 000 hommes et une marine à peu près nulle, les Américains trouvèrent moyen d’inscrire annuellement 800 millions de francs au titre des dépenses militaires, en pensions servies aux vétérans de la guerre de sécession, à leurs familles, et surtout à des amis politiques. Aujourd’hui les temps sont changés : les excédons ont fait place à des déficits, qu’il a fallu combler à l’aide d’emprunts. L’administration démocratique ne peut plus se vanter d’avoir continué à diminuer la dette publique, comme elle le fit sous la première présidence de Cleveland, de 1885 à 1889. Depuis deux ans elle a dû emprunter un milliard de francs : il est vrai qu’elle a eu à souffrir de l’incertitude qui n’a cessé de régner sur le régime monétaire du pays.

Celui-ci est assez connu pour qu’il n’y ait pas lieu d’y insister. Nous l’avons exposé ici même en 1894. Depuis le rappel du Sherman bill, en octobre 1893, les Etats-Unis se trouvent, au point de vue métallique, dans une situation analogue à celle de la France : l’or seul peut y être librement frappé ; mais les dollars d’argent antérieurement émis ont conservé force libératoire. S’il n’existait aucun doute relativement à l’avenir, la présence dans la circulation de ce demi-milliard de dollars d’argent sous la forme d’espèces sonnantes, de billets du Trésor et de certificats de dépôt gagés par le métal monnayé ou déposé en lingots dans les caves de la Trésorerie à Washington, n’aurait aucune influence fâcheuse : mais il n’en va pas ainsi. Un parti qui, plus bruyant que nombreux