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sera arrivée au terme de son engagement, en automne, ils se marieront. En attendant, elle s’arrange pour le laisser seul le moins possible. Elle va le chercher à son journal en sortant de son bureau. Ils dînent ensemble, vont au théâtre ou se promènent. Elle passe sa soirée à calmer les amertumes, à dissiper les, nuages qui se sont amassés en lui pendant la journée. Elle sent que c’est une lutte à mort entre elle et cette idée fixe, cette exaltation nerveuse de son fiancé, qui menacent leur bonheur à tous deux. Elle est le bon génie qui rétablit l’équilibre dans son âme. Seule elle parvient à l’arracher aux cauchemars qui le tourmentent. Les Ennemis de la vie, ce sont les haines, les jalousies, les rancunes, les acharnemens, les passions des hommes. La suprême consolation, c’est la femme avec son profond amour, son dévouement sans bornes.

Mais les influences mauvaises finissent par triompher. Annie est appelée soudainement auprès de sa tante, qui, durant une visite chez des parens à la campagne, est tombée malade. Il y a là pour elle un nouveau devoir à remplir : elle part en prenant congé de son fiancé à la gare ; elle lui met dans la poche une longue lettre, qu’il doit lire en son absence pour y puiser du courage, de la patience et du calme. Malheureusement, en rentrant chez lui, au lieu de lire la lettre, Imhoff se met à lire les journaux. Les passions renaissent, les fureurs se déchaînent ; l’idée fixe le ressaisit, avec toutes ses horreurs et ses hallucinations. Il se promène toute la nuit, la lettre de sa fiancée dans sa poche ; le trouble augmente en son âme, et dans son cerveau la folie s’installe. Le lendemain matin, encore en proie aux démons qui le possèdent, il veut se rendre au journal. En sautant dans le tramway qui passe devant sa porte, son regard rencontre tout à coup celui de son ennemi Hessler, debout sur le trottoir à deux pas de lui. La stature de cet homme semble soudain grandir, prendre des proportions gigantesques, se perdre dans les nuages. Son regard sardonique s’abat sur Imhoff. Celui-ci sent comme s’il recevait un coup de massue sur la tête. Il s’affaisse, foudroyé d’un transport au cerveau, et roule à terre au moment même où le lourd véhicule se remet en marche. C’est Hessler qui le relève, le fait transporter chez lui, et se dévoue à le soigner. Mais il meurt sans reprendre connaissance et avant l’arrivée de sa fiancée.

Cette courte analyse est impuissante à donner l’idée d’un roman dont tout l’intérêt se concentre dans le jeu intime des âmes, dans l’intensité des sentimens exprimés. Cette folie qui naît et grandit chez Imhoff, les combats que livre sa fiancée Annie