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Page:Revue des Deux Mondes - 1896 - tome 136.djvu/872

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manger. Alors, dans sa reconnaissance, la vieille lui parla du bien-aimé qui s’était embarqué pour l’Amérique et qui reviendrait au printemps ; et, tout en devisant, comme elle aimait à s’écouter, elle en vint à parler d’une femme que Kunt avait aimée autrefois, qui habitait la ville, avait de lui un enfant. Emma, à cette révélation, avait senti son cœur se briser et avait failli s’évanouir. Il lui sembla qu’elle allait mourir de honte et de chagrin. Puis, rassemblant tout son courage, elle écrivit à son fiancé, en Amérique, de ne pas revenir : elle ne pourrait plus être à lui maintenant, dût-elle en mourir.

Sa tante, comprenant son chagrin, la maria au brave fermier Johan Erson, qui du moins serait bon et plein d’égards pour elle. Il fut tout cela pour elle, en effet ; et elle cherchait, par reconnaissance, à être bonne pour lui, mais l’amour fut le plus fort. Elle fit ce qu’elle put, mais elle ne parvint pas à oublier son marin. A jamais, décidément, elle lui avait donné son cœur… Et peu de temps après, elle partit pour l’Amérique, laissant son mari et sa maison, pour aller retrouver son cher Knut.

M. de Geijerstam est revenu sur cette donnée, dans plus d’une de ses nouvelles. C’est tantôt Eisa Rundbeck, la riche héritière, qui a épousé un ancien capitaine des gardes et qui découvre, au milieu de son idylle à la campagne, que son mari a eu autrefois des amours de garnison dont elle n’avait jamais rien su : son bonheur s’écroule, toute sa vie semble brisée par l’amère désillusion, l’humiliation et le chagrin que lui cause cette découverte. C’est encore Mlle Hallin, dont les fiançailles sont rompues parce que son père a surpris son fiancé, le gai lieutenant Bergman, embrassant une servante, à la sortie d’un souper.

Dans une autre de ses nouvelles, l’auteur a voulu nous montrer la contre-partie de cette situation pour en dégager une thèse dans le goût de celle de M. Alexandre Dumas fils.

Une jeune fille, enfant unique d’un riche propriétaire vivant sur ses terres, a été amoureuse d’un gentilhomme, son voisin de campagne ; elle l’a même aimé avec un peu trop d’abandon, et trop tard elle découvre combien il est indigne d’elle. Elle refuse alors de l’épouser et le congédie avec indignation. Son père, qui a été absent et ignore toute cette aventure, lui présente à son tour un prétendant à sa main. C’est un banquier avec lequel il est en relation d’affaires. Elle le connaît un peu, elle se rappelle l’avoir rencontré autrefois dans un bal à Stockholm. C’est un viveur connu, dont les frasques amoureuses ont fait assez de bruit pour que des échos en soient parvenus jusqu’aux oreilles des jeunes filles. Ebba ne les ignore pas ; elle connaît même