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Page:Revue des Deux Mondes - 1896 - tome 136.djvu/865

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durant, elle s’est dévouée consciencieusement à sa vie nouvelle, ne pensant qu’au bien-être de son mari, à l’éducation de ses deux enfans. Mais à ce moment apparaît celui qui doit troubler le cours paisible de sa vie, et Arla la soumise, la femme de dévouement et de devoir, devient la révoltée qui affirme son droit au bonheur. L’homme qui va apporter dans sa vie cet élément de révolte est lui-même un apôtre de la liberté individuelle, prêchant la rébellion contre la morale et le devoir conventionnel.

Berndtson, jeune lumière de l’université d’Upsal, a été choisi par le père d’Arla, l’ancien ministre d’Etat Pfeifer, pour être le précepteur de ses fils. C’est pendant l’été. Arla habite un château voisin de Stockholm, d’où son mari, le chef de bureau, et son père, actuellement président d’un tribunal, peuvent se rendre tous les matins en ville, pour revenir à l’heure du dîner. Aussi Arla voit-elle constamment le jeune précepteur, qui est venu prendre sa place dans le cercle de famille. Il lui inspire d’abord une certaine antipathie. Toutes ses idées, toutes ses convictions sont en contradiction avec les siennes. Il attaque et dénigre tout ce que depuis son enfance elle a appris à aimer et à respecter. Mais peu à peu, du choc même de leurs opinions, de l’opposition de leurs natures, au milieu de leurs discussions, naît une ardente sympathie, qui ne tarde pas à devenir de l’amour. Pensant avec son cœur, en vraie femme qu’elle est. Arla arrive avant longtemps à partager les opinions, les manières de voir de celui qu’elle aime ; elle croit ce qu’il croit, pense ce qu’il pense. Ses doctrines sur la liberté humaine, sur le droit de l’amour, lui ouvrent de nouveaux horizons. Toute sa vie passée lui apparaît comme une gigantesque duperie. Mais elle n’admet pas de compromis : sa nature est de vouloir tout ou rien, de toujours exiger l’application complète de tous les principes. Bref, elle part avec le professeur, abandonnant sa famille, son mari, ses enfans.

Le divorce s’ensuit : elle épouse Berndtson ; et le reste de sa vie n’est plus qu’un long déchirement de son cœur, une lutte lamentable entre ses nouveaux devoirs et la pensée des enfans qu’elle a dû quitter.

Pour revoir ses enfans, elle va jusqu’à s’humilier devant son ancien mari. Celui-ci, qui a déjà un pied dans la tombe, se montre généreux et l’invite chez lui pour les voir. Cruelle épreuve ! son fils seul consent à venir à elle, et les informations qu’elle peut recueillir sur son caractère, ses penchans, la font trembler. Sa fille recule devant elle. Elle s’en retourne le cœur meurtri, et sa