Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1896 - tome 136.djvu/851

Cette page n’a pas encore été corrigée


beaucoup de fausses opinions théologiques. Qu’on se réjouisse de ce que tous les théologiens se rassemblent autour des mêmes mots. »

A travers cette page de M. Kattenbusch, l’esprit de Ritschl, en toute sa pureté, circule et survit. Et si le rilschlianisme se répand parmi les pasteurs réformés de l’Allemagne, c’est plutôt à cause de ce qu’il a de superficiel qu’à cause de ce qu’il a de profond, et plutôt à cause des commodités qu’il donne aux jeunes théologiens incroyans pour enseigner à une communauté croyante une foi qui n’est plus la leur, qu’à cause des horizons qu’il ouvre à une élite pour pénétrer plus intimement les restes de foi qu’elle conserve.

« Faux monnayage ! hypocrisie ! » s’écrient les protestans orthodoxes. Mais on fait tort à Albert Ritschl, ce penseur religieux, et aux meilleurs de ses disciples, lorsque pour les juger on se place, si nous osons dire, au point de vue du cléricalisme protestant. Leur plus grand tort fut de naître trop tôt. Ayant avec eux et pour eux l’esprit de la Réforme, ils ont émergé ; mais tant que le protestantisme s’acharne à maintenir les cadres d’une Église, de tels philosophes, si pieux soient-ils, y sont gênés et comme déclassés. Supposez une époque où les courans issus de la Réforme répudieraient toute canalisation officielle, où les fidèles de Luther abdiqueraient la prétention de grouper en une église leurs pensées libres : Ritschl, à cette date, ne recueillerait plus que des hommages, et d’autant plus sincères qu’on lui saurait gré, sans doute, d’avoir accéléré cette émancipation définitive de l’individualisme protestant.


IV

« La foi justifie sans les œuvres de la loi », dit saint Paul. Martin Luther s’empara de ce texte : de toute la force de son génie religieux, il s’y acharna ; faisant acte de créateur plutôt que de commentateur, il comprit et traduisit, moyennant l’addition d’un mot, que la foi seule justifie, sans les œuvres ; et comme une épître de l’apôtre Jacques disait nettement le contraire, il déchira cette « épître de paille » et fit de ce principe : le salut par la foi, la pierre angulaire de la Réforme. Le subjectivisme de Schleiermacher et de Ritschl a lentement ébranlé cette pierre : entre les croyans « positifs » et les adeptes de la théologie « moderne », fille de Ritschl, on est, à l’heure présente, en complet désaccord, sur la notion même de la foi.

Pour les uns comme pour les autres, un certain abandon de