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Page:Revue des Deux Mondes - 1896 - tome 136.djvu/849

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« Le Christ est-il fils de Dieu ? » Oui, répondra-t-il (car il évite, en général, d’infliger des démentis aux solutions traditionnelles). Mais écoutez l’explication : « Jésus, sans aucun doute, a ressenti un rapport religieux avec Dieu, d’un caractère tout nouveau ; il a inculqué cette nouveauté à ses disciples ; tous les membres de la communauté chrétienne doivent se tenir à l’égard de Dieu dans le même rapport que Christ à l’égard de Dieu. » Ce qui veut dire, en un clair langage, que Jésus est fils de Dieu, mais d’une filiation que nous devons tous imiter. Vous pressez Ritschl, pourtant : « Le Christ est-il Dieu ? » Oui certes, mais lisez la suite : « Les deux qualités du Christ : révélateur accompli de Dieu, et prototype public de la maîtrise spirituelle exercée sur le monde, sont contenues dans le prédicat de sa divinité. » Déplorant l’obscurité, vous adressez la question inverse : « Le Christ est-il purement et simplement un homme ? » Et Ritschl de tressauter : « Etre un homme purement et simplement (ein blosser Mensch), c’est être l’homme considéré comme une grandeur naturelle, abstraction faite de toutes les marques d’une personnalité spirituelle et morale. Je ne tiens même pas mes ennemis pour de simples hommes, car ils ont une certaine éducation, un certain caractère moral. A plus forte raison, puisque j’ai considéré Christ comme porteur de la révélation de Dieu, je ne le tiens pas pour un homme pur et simple. » Sans vous désespérer, essayez de le cerner par ailleurs : « Le christianisme, lui demandez-vous, vient-il d’une révélation divine ? » Oui, naturellement ; et Ritschl continue : « En parlant de la révélation de Dieu, nous pensons à la source spéciale d’une conception générale du monde, qui devient la conviction d’une communauté religieuse, et d’où résulte, dès lors, chez un grand nombre d’hommes, une même formation de la conscience, une même orientation de la spontanéité. » Et cela vous parait peu lumineux ; vous passez aux miracles : « Que valent-ils ? » Ritschl leur témoigne son respect, sous la forme suivante : « La conception religieuse du monde s’appuie sur ce fait que tous les événemens naturels se tiennent à la disposition de Dieu, lorsqu’il veut aider les hommes. Par conséquent, ont la valeur de miracles (gelten als Wunder) telles apparitions surprenantes, auxquelles est rattachée l’expérience d’un secours particulier de la grâce divine, et qui dès lors peuvent être considérées comme des marques spéciales de la complaisance de Dieu pour les croyans… »

Mais vous insistez, et, faute de définitions intelligibles, vous réclamez des explications. Comment Jésus est-il Dieu ? Comment la révélation est-elle divine ? comment se produisent les miracles ?