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Page:Revue des Deux Mondes - 1896 - tome 136.djvu/767

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fut oubliée et les rangs confondus. « Imaginez-vous, écrivait le lendemain Madame à sa tante Sophie de Hanovre, qu’il y avait une telle foule, une telle presse que la pauvre Mme de Nemours, et la maréchale de La Mothe, poussées et bousculées, arrivèrent sur nous ù reculons, la longueur de toute la chambre, et tombèrent enfin sur Mme de Maintenon. Si je n’eusse retenu celle-ci par le bras, elles seraient tombées les unes sur les autres, comme un château de cartes. C’était on ne peut plus comique. »

L’ordre finit cependant par se rétablir et les présentations indispensables eurent lieu. Le Roi nomma lui-même à la princesse les premiers d’entre les princes et les princesses du sang ; puis, fatigué, il se retira, laissant à Monsieur le soin de présenter les autres personnes qui avaient droit à l’être. La pauvre petite princesse eut encore à rester debout pendant deux heures. Monsieur se tenait à côté d’elle, lui nommait chacun avec son rang, et lui indiquait ce qu’elle avait à faire. Chacun s’approchait, sans beaucoup d’ordre, pour baiser le bas de sa robe ; mais quand c’était un duc, un prince ayant ce rang, un maréchal de France, ou leurs femmes, Monsieur la poussait en lui disant : « baisez », et elle baisait. A la fin, sa fatigue étant extrême, on eut pitié d’elle, et on fit savoir que les présentations étaient finies et que la princesse allait se coucher. Quelques femmes, plus obstinées que les autres, trouvèrent néanmoins le moyen de rester et se firent présenter par La duchesse du Lu de pendant sa toilette de nuit. Comme elle était encore trop enfant pour qu’on la laissât coucher seule, la duchesse du Lude fit dresser un lit dans son alcôve, et ce fut sous son œil vigilant que la fille des ducs de Savoie goûta sa première nuit de repos dans le vieux palais de nos rois.

Avant de raconter son éducation et son mariage, il nous faudra cependant quelque peu parler du jeune prince auquel elle était destinée, et qui, tenu à l’écart jusqu’au dernier moment, s’était enhardi en carrosse jusqu’à lui baiser deux fois la main.


HAUSSONVILLE.