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Page:Revue des Deux Mondes - 1896 - tome 136.djvu/755

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conduisait la princesse de Savoie, partant le 16 octobre au matin des Échelles, où elle avait passé la nuit, arrivait au Pont de Beau-voisin sur les trois heures. Pour lui laisser prendre quelque repos, on la conduisit au couvent des Carmélites où une collation lui avait été préparée. Pendant ce temps, la compagnie à cheval armée par la ville de Chambéry, précédée d’un étendard richement brodé et de deux trompettes, et la garde suisse à pied prenaient position en face du pont. A quatre heures, la princesse repartait en chaise à porteurs, précédée des valets de pied et entourée de gardes du corps. Dans une autre chaise suivaient la princesse et Mme Desnoyers, puis le marquis de Dronero, à cheval, et un gros de gentilshommes savoyards, à cheval également. A l’entrée du pont la princesse mit pied à terre, et un page du duc de Savoie prit la queue de sa robe. Elle s’avança sur le pont, dont le carrosse du Roi destiné à la recevoir occupait le milieu. De l’autre côté de la ligne frontière se tenaient le comte de Brionne et la duchesse du Lude, Dangeau et les autres dames de la suite. Le comte de Vernon s’avançant alors dit au comte de Brionne : « Monsieur, voici M. le Marquis de Dronero » ; et à la duchesse du Lude : « Madame, voici la princesse de la Cisterna. » Desgranges s’avançant également dit au marquis de Dronero : « Monsieur, voici M. le comte de Brionne » ; et à la princesse de la Cisterna : « Madame, voici Mme la duchesse du Lude. »

Les présentations étant ainsi faites, le coin le de Brionne prit la parole. Après avoir salué la princesse, il lui exprima, en termes fort courtois et civils, la joie qu’il ressentait d’avoir été chargé par le Roi de la recevoir. Il lui présenta ensuite le marquis de Dangeau, la duchesse du Lude et les autres dames de la suite. Le page du duc de Savoie qui portait la queue de sa robe la quitta. Saint-Maurice, page de la petite écurie du Roi, la prit. A ce moment le page du duc de Savoie versa d’abondantes larmes, « ce qui fut remarqué avec toute l’attention que méritoit le cœur de ce bon gentilhomme [1] ». Le comte de Brionne prit la princesse par la main droite, et Dangeau la prit par la main gauche, non sans avoir fait mine d’offrir sa place au marquis de Dronero qui refusa. Tous deux la firent monter dans le carrosse où prirent place également la duchesse du Lude et la princesse de la Cisterna. La pauvre Mme Desnoyers, que Tessé avait eu le tort de qualifier de sous-gouvernante, ne fut point admise à y monter ; mais comme elle paraissait fort mortifiée, et comme il fut brièvement expliqué par le comte de Vernon qu’elle avait en réalité rang de gouvernante, et qu’elle était admise à l’honneur de

  1. Relation imprimée à Lyon.