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Page:Revue des Deux Mondes - 1896 - tome 136.djvu/736

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sans qu’il soit nécessaire d’ajouter foi à l’histoire d’une intrigue de femmes de chambre et d’une Barbesi, achetant vingt mille écus une Nanon.

La composition du reste de la maison donna lieu à des rivalités moins vives. La charge de dame d’atour fut donnée à la comtesse de Mailly. Dans ce choix l’influence de Mme de Maintenon se fait encore directement sentir. La comtesse de Mailly était née de Sainte-Hermine ; « C’étoit, dit Saint-Simon, une demoiselle de Poitou qui n’a voit pas de chausses. » Mais en revanche elle avait une tante, et cette tante était Mme de Maintenon elle-même, car la grand’mère de Mme de Sainte-Hermine, Arthémise d’Aubigné, était propre sœur de Constant d’Aubigné, le père de Mme de Maintenon. Cette parenté précieuse l’avait fait rechercher en mariage par un cadet de la grande maison de Mailly, Louis, comte de Mailly, seigneur de Rubenpré et de Rieux, quatrième fils du marquis de Nesle et de Mailly, qui mourut jeune après s’être distingué à la guerre [1]. Elle lui avait valu également la charge de dame d’atour de la duchesse de Chartres, charge que la maison de Mailly ne lui avait pas vue accepter sans déplaisir. (On sait que la duchesse de Chartres était une des filles légitimées du Roi.) Provinciale un peu gauche, sans beaucoup d’esprit, avec cela assez froide et dédaigneuse, bien qu’elle fût au fond bonne femme et amie sûre, elle-même ne se trouvait pas très bien placée auprès de la duchesse de Chartres, qui, de son côté, ne la goûtait guère. Ce fut donc avec joie qu’elle accepta cette situation plus haute qu’elle devait à la protection de sa tante, et de ce côté Mme de Maintenon pouvait être assurée qu’elle serait bien servie.

Les dames du Palais furent : la marquise de Dangeau, la comtesse de Roucy, la marquise de Nogaret, la marquise d’O, la marquise du Châtelet, et enfin la comtesse de Montgon, celle-ci encore directement choisie par Mme de Maintenon, car elle était fille de Mme d’Heudicourt, une des amies les plus intimes de la veuve de Scarron au temps où elle vivait familièrement à l’hôtel d’Albret.

La maison de la future duchesse de Bourgogne devait se composer en outre d’un chevalier d’honneur, d’un écuyer et d’un aumônier. Le chevalier d’honneur fut le marquis de Dangeau. Point n’est besoin de le présenter, car il n’est guère de personnage de la cour de Louis XIV qui soit plus connu, moins pour son mérite personnel, quoiqu’il n’en fût pas dépourvu, que pour avoir écrit, jour par jour, pendant trente-six années, ce précieux journal dont

  1. Histoire de la maison de Mailly, par l’abbé Ambroise Ledru, p. 457.