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cabinet des princes qui faisoient sur ce portrait divers raisonnemens par lesquels on pouvoit connaître le caractère différent de leur esprit [1]. »

Ces jeunes princes, dont parlent les Mémoires du marquis de Sourches, étaient les trois jeunes fils de Monseigneur : le duc de Bourgogne qui était alors âgé de quatorze ans ; le duc d’Anjou, qui en avait treize ; le duc de Berry qui en avait dix. Une lettre assez amusante de Barbezieux à Tessé va nous apprendre quels étaient leurs divers raisonnemens. « Je sors un moment du sérieux [2] pour vous divertir à propos du mariage, sur ce que nostre agréable duc de Berry disoit à Monseigneur le duc d’Anjou. Le premier questionnoit son frère pour savoir s’il seroit bien ayse d’estre marié, et si sa femme seroit heureuse. Aux deux propositions, un ouy fut bientôt répondu. M. de Berry demanda à M. d’Anjou ce qu’il feroit si sa femme le contraignoit sur le plaisir d’aller à la chasse ; à quoi pacifiquement il respondit qu’il n’iroit point. La repartie fut prompte qu’il devoit estre honteux de penser que sa femme porteroit les chausses et luy la coëffe, et que pour luy, s’il estoit marié, sa femme seroit très heureuse, qu’il luy laisseroit faire tout ce qu’elle voudroit, vouloit qu’on se divertît chez elle, mais que, si elle le contraignoit en la moindre chose, il lui feroit bien connoître qu’il seroit le maistre ». Barbezieux ne nous dit point quel était, sur ce point délicat de politique conjugale qui se débattait en sa présence, l’opinion du duc de Bourgogne.

Pendant que ces propos s’échangeaient entre les jeunes princes, les compétitions de cour se donnaient carrière. L’occasion en était la formation de la maison de celle qui allait avoir le rang de duchesse de Bourgogne. Reine, sa maison aurait été composée d’une sur intendante, chef du conseil, d’une dame d’honneur, d’une dame d’atour et de douze dames de palais. Ainsi devait être composée, au siècle suivant, la maison de Marie Leczinska [3]. Mais Dauphine, elle n’avait point encore droit à une surintendante, chef du conseil, et la première charge de sa maison était celle de dame d’honneur. De tout temps, au reste, la charge avait été importante ; elle donnait le droit, de préférence aux duchesses, de monter dans le carrosse du Roi ou de la Reine, et à la toilette de la Reine, de lui présenter la chemise et la sale, petite soucoupe où l’on mettait la montre, les étuis et le mouchoir. D’aussi importans privilèges n’avaient pas été accordés à la dame d’honneur sans contestation ; mais depuis Marie-Thérèse,

  1. Mémoires du marquis de Sourches, t. V, p. 185.
  2. Papiers Tessé. Barbezieux à Tessé, 7 septembre 1696.
  3. État de la France, 1736, p. 333.