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il nous les manifestera dans la mesure exacte où les intérêts de l’Italie et de ses alliances lui permettront de le faire. Encore une fois, nous ne pouvons lui demander davantage. Il convient de lui savoir gré de l’opposition que les journaux dévoués à M. Crispi lui font déjà. Dès le premier jour, ces journaux l’ont accusé avec acrimonie d’avoir accepté la prorogation pour six mois du traité de commerce entre l’Italie et la Tunisie. Il a bien fait de le faire et, au point où en sont les choses, on ne voit pas trop comment il aurait pu faire autrement.

Ce n’est donc pas à la politique étrangère qu’il faut demander l’explication de la crise ministérielle que vient de traverser l’Italie. Depuis quelque temps déjà des dissentimens existaient entre M. di Rudini et quelques-uns de ses collègues, notamment le ministre de la guerre, qui, au moment de la formation du Cabinet, avait joué un rôle exceptionnellement important. Le roi, on s’en souvient, semblait inféodé à la politique de M. Crispi, et il avait contracté contre ceux qui avaient attaqué cette politique avec le plus de fermeté et de courage, non pas de la malveillance, car ce sentiment ne lui est pas naturel, mais de la mauvaise humeur. M. di Rudini était tout indiqué, il était même seul indiqué pour succéder à M. Crispi ; néanmoins, le roi ne voulait pas le faire appeler directement, entrer en rapports personnels avec lui et le charger officiellement de former un ministère. Il s’est adressé pour cela au général Ricotti. C’est donc le général Ricotti qui a fait le ministère, après quoi il en a passé la présidence à M. di Rudini. On a insinué que, peut-être, ni le général Ricotti, ni M. di Rudini n’avaient suffisamment oublié ces détails, et qu’il en était résulté entre eux une situation d’abord délicate, puis de plus en plus tendue. Nous ne savons pas ce que vaut cette hypothèse. Ce qui est sûr, c’est qu’une divergence de vues n’a pas tardé à se produire entre les deux ministres, dans les conditions qu’il était le plus difficile de prévoir. Le ministre de la guerre s’est montré partisan des économies à un degré qui a paru excessif et dangereux au président du Conseil. Il proposait de réduire le nombre des corps d’armée, et de retrancher de son budget une somme qui s’élevait à une douzaine de millions. Jamais jusqu’ici, dans aucun pays, à notre connaissance, un désaccord ministériel n’avait eu pareille cause ; et le général Ricotti est le premier ministre de la guerre qui ait donné sa démission parce qu’on voulait l’empêcher de diminuer son budget. A première vue, ce motif paraissait peu vraisemblable ; il faut bien aujourd’hui l’accepter comme vrai. Le général Ricotti qui, au moment de la formation du ministère, était l’homme de confiance du roi, a cessé de l’être, et M. di Rudini a profité très habilement de l’occasion pour donner à la Couronne les gages les plus propres à dissiper complètement les préventions d’autrefois. Le roi, dont on connaît les goûts militaires, ne pouvait pas, en effet, approuver les réductions projetées par le général Ricotti, et la lecture