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Page:Revue des Deux Mondes - 1896 - tome 136.djvu/655

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people). Je croyais que nous allions être comme frères et sœurs. — Cela a-t-il marché ? — Non, j’ai vu que cela ne pouvait pas marcher. — Croyez-vous à « la terre pour le peuple » maintenant ? — Non, je crois à la terre pour moi. » Et le témoin demande qu’on répartisse la terre en lots individuels.

Il en coûte au gouvernement de l’Australie du Sud de se résigner à l’insuccès définitif de ces communautés de villages auxquelles on avait pompeusement donné les noms des divers membres du ministère qui les a instituées. Aussi se préparait-on à modifier la loi qui les régit, à porter à 100 livres sterling par tête l’avance maximum de l’Etat, à soumettre les associations à la surveillance étroite du ministre des terres, qui aurait le pouvoir de révoquer les trustees et d’expulser les villageois. Mais ceux-ci montrent la plus grande répugnance à laisser l’État s’immiscer dans leurs affaires. Tout fait prévoir que, malgré les modifications qu’on pourra y apporter, l’expérience échouera définitivement, comme elle a échoué, en somme, en Nouvelle-Zélande, sous une forme moins caractérisée, comme elle échoue aussi en Victoria, où les membres de ces associations sont fort redoutés de tous leurs voisins à cause de leurs habitudes de maraudage.

A côté des expériences communistes de culture du sol, on a tenté de favoriser la petite propriété individuelle en donnant aux agriculteurs de plus grandes facilités pour emprunter. Le besoin d’institutions de crédit foncier se fait certes vivement sentir dans les colonies australiennes ; les banques ordinaires s’y étaient, dans les dernières années, livrées, avec la plus grande exagération, aux prêts sur hypothèques, pour lesquels elles ne sont point faites, et il en était résulté la catastrophe financière de 1893 sur le continent australien, ainsi que le désastre plus récent de la Banque de Nouvelle-Zélande. Ces opérations sont très délicates dans des colonies où les terres ont été l’objet d’énormes spéculations qui en ont artificiellement enflé la valeur, et où l’existence d’un grand nombre de terres encore vacantes rend très difficile, en cas de vente forcée d’une propriété, d’en retirer une somme en proportion avec les améliorations qui y ont été effectuées. Néanmoins, c’est l’Etat qui veut encore se charger de cette œuvre d’autant plus périlleuse pour lui qu’il se voit sans cesse entraîné à céder à des considérations électorales dans l’application. La Nouvelle-Zélande est la seule colonie qui ait voté jusqu’à présent une loi organisant ce crédit foncier par l’État : en 1894, le gouvernement a reçu l’autorisation d’avancer aux colons des sommes ne devant pas dépasser les trois cinquièmes de la valeur de leur propriété, ni 62 500 francs en tout ; ces sommes sont