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Page:Revue des Deux Mondes - 1896 - tome 136.djvu/640

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suivant la forte expression de Le Play, et les gouvernans, est de plus en plus complet : les chambres hautes servent seules encore de refuge à quelques squatters, industriels, banquiers ; encore est-ce pour elles un titre à l’hostilité des politiciens de carrière. « Que représentent-ils donc, s’écriait, en parlant des membres du Conseil législatif, le premier ministre de la Nouvelle-Galles du Sud, M. Reid, ces hommes nommés à vie par les divers gouvernemens qui se sont succédé ? des avocats, des industriels, des financiers heureux, voilà tout ce que c’est… » Le fait d’avoir exercé avec quelque succès une profession doit donc être l’arrêt de mort de l’influence politique d’un homme !

Les paroles que je viens de citer étaient prononcées au cours de la période électorale, à la suite d’une dissolution de la Chambre, qu’avait provoquée le refus du Conseil législatif de voter des réformes fiscales et douanières proposées par le gouvernement. Ces élections de 1895 marquèrent un nouveau pas dans la décadence du personnel politique de la Nouvelle-Galles. Le chef de l’opposition protectionniste, sir George Dibbs, le vieux sir Henry Parkes, son allié, quoique libre-échangiste, presque tous les hommes indépendans qui n’acceptaient pas en entier et servilement les plans financiers du ministère, furent battus. De sir Henry Parkes, l’ancien chef, devenu dissident, du parti libre-échangiste, à son successeur M. Reid, la décadence est grande. Le grand old man des antipodes, coin me on l’appelait, par une comparaison un peu ambitieuse avec M. Gladstone, était un véritable homme d’Etat. Cinq lois premier ministre, il s’était attaché à l’œuvre de la fédération des colonies australiennes qui leur serait si utile, ne fût-ce qu’en élargissant un peu l’horizon de leurs gouvernans. Bien qu’un peu charlatan à l’occasion, il ne se laissait pas absorber par les préoccupations électorales.

Son successeur, dont il disait « qu’il s’étonnait qu’un cerveau aussi réduit pût aller de compagnie avec un si énorme ventre », est, au contraire, un de ces politiciens pour qui tout l’art de gouverner consiste à suivre ceux dont ils sont les chefs, à satisfaire surtout les groupes les plus bruyans. Aussi préfèrent-ils les mesures d’ostentation aux réformes simples et graduelles et excellent-ils à compliquer les questions, à confondre les plus diverses pour composer de véritables mélanges détonans qui feront retentir leur nom dans les couches profondes du peuple, pour lesquelles ils prétendent travailler. Souvent, suivant un mot célèbre, ils ne pensent que quand ils parlent, mais ils se font vite une opinion sur tous les projets de réforme, non pas en en étudiant le fond, mais en scrutant l’effet qu’ils produiront