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de paille. Lorsqu’on recueille la pluie qui a coulé sur les toits, elle entraîne avec elle toutes les souillures qui s’y rencontrent, et parfois des germes infectieux provenant des liquides que les habitans des mansardes déversent trop souvent dans les gouttières. On cite des épidémies de fièvre typhoïde qui sont nées de cette façon : c’est pour cela qu’il est de règle de laisser perdre l’eau qui tombe pendant les premières minutes.

Malgré ces causes possibles de contamination, lorsque les citernes sont bien construites, profondément enfouies dans le sol et toujours couvertes, l’eau s’y conserve et peut, à la longue, devenir de bonne qualité, parce que les micro-organismes meurent, comme nous l’avons dit, dans la fraîcheur et l’obscurité des réservoirs. C’est ainsi que s’épurait autrefois l’eau des barriques qu’on embarquait à bord des navires. Dans les premiers temps, elle était infecte et nauséeuse ; mais, à la fin des campagnes, elle redevenait claire et sans odeur. Les matelots avaient coutume de dire qu’à bord pour que l’eau fût bonne, il fallait qu’elle eût pourri trois fois. Dans Unis les cas, il est prudent de faire bouillir ou de filtrer l’eau de citerne avant de la boire, même quand elle a les apparences de la pureté.

Je ne parlerai pas des eaux minérales, dites de table, auxquelles on a parfois recours quand les eaux d’alimentation sont suspectes, ni de celle qui provient de la distillation de l’eau de mer, et qu’on boit à bord des navires ainsi que dans certaines localités maritimes qui ne peuvent pas s’en procurer d’autre, parce que ce ne sont pas là des eaux potables dans l’acception qu’il convient de donner à ce mot.

On comprend, d’après ce qui précède, qu’il est indispensable de bien connaître les qualités et la composition d’une eau destinée à l’approvisionnement d’une ville avant d’entreprendre des travaux dispendieux pour l’y amener. L’analyse complète à laquelle il faut procéder en pareil cas ne peut être faite que par des chimistes et des micrographes ; mais il est possible à tout le monde de reconnaître approximativement la pureté d’une source, avant de l’appliquer aux usages domestiques. C’est toujours une présomption en faveur de sa bonne qualité, et c’est souvent la seule qu’on puisse se procurer dans les petites villes et à la campagne.

Les qualités physiques de l’eau potable sont faciles à constater. Sa limpidité s’apprécie en la regardant par transparence dans une carafe soigneusement nettoyée. Pour obtenir une précision plus grande, il suffit d’examiner comparativement une surface blanche à travers deux éprouvettes de forme et de dimensions égales