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être considérée comme bonne et potable, disait l’Annuaire des eaux de France, quand elle est fraîche, limpide, sans odeur, quand sa saveur est très faible, qu’elle n’est ni fade, ni salée, ni douceâtre, quand elle contient peu de matières étrangères, quand elle renferme suffisamment d’air en dissolution, quand elle dissout le savon sans former de grumeaux et qu’elle cuit bien les légumes. » Lorsqu’on avait constaté ces caractères physiques et qu’on avait déterminé la nature et la proportion des sels minéraux, on n’allait pas au-delà. Aujourd’hui, on se préoccupe surtout de la matière organique et des microbes contenus dans les eaux. Cette recherche est plus difficile que l’autre, mais elle est indispensable. Les Conseils d’hygiène des départemens et le Comité consultatif de France n’approuvent les projets d’amenées d’eau qu’à la condition que ces renseignemens leur soient fournis. L’enquête est du ressort des médecins et des chimistes ; mais il est intéressant pour tout le monde de savoir en quoi elle consiste.


I

Les eaux qu’on rencontre dans la nature ne sont jamais d’une pureté parfaite, et ce n’est même pas une qualité qu’on doive rechercher en elles : il est bon qu’elles renferment des gaz et des sels minéraux, mais en faible proportion. Une bonne eau doit contenir de 20 à 25 centimètres cubes de gaz formés de 50 pour 100 d’acide carbonique, de 15 à 16 pour 100 d’oxygène et de 34 à 35 pour 100 d’azote. Quant aux sels, depuis les travaux de Dupasquier et de Boussingault, on estime qu’il doit y en avoir au moins 50 centigrammes par litre. Les sels de chaux et surtout le carbonate sont les plus utiles, parce qu’ils contribuent à la formation des tissus, et en particulier des os. Les sels de magnésie rendent les eaux amères quand ils sont en excès ; les nitrates ont aussi leurs inconvéniens. Au-dessous d’un décigramme par litre, la proportion des élémens minéraux est insuffisante ; au-dessus de 5 décigrammes, les eaux deviennent crues, indigestes, et contractent une saveur saline ou terreuse.

Les matières organiques qu’on trouve dans les eaux proviennent des détritus végétaux ou des débris de matière animale qui y sont tombés depuis leur émergence du sol. Lorsqu’elles y sont en excès, elles leur donnent une saveur fade, nauséeuse, une odeur hépatique, provenant de la transformation des sulfates en sulfures ; elles les rendent indigestes, mais elles ne sauraient leur communiquer les redoutables propriétés que leur donnent les micro-organismes.