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Page:Revue des Deux Mondes - 1896 - tome 136.djvu/552

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Après le thé, elle remplit une assiette de jolis gâteaux de maïs très minces et les porta dans l’arrière-cour.

— César ! appela-t-elle, César !

Un élan, un cliquetis de chaînes, puis un gros chien jaune et blanc parut à la porte de sa niche à demi cachée parmi les hautes herbes et les fleurs. Louisa le caressa, lui donna les gâteaux, après quoi elle rentra dans la maison et lava tous les objets qui avaient servi au thé, polissant avec soin la porcelaine. Le crépuscule s’épaississait ; par la fenêtre, on entendait, merveilleusement distinct, le chœur des grenouilles. Louisa retira son tablier de guingan vert, ce qui en découvrit un plus court d’indienne imprimée blanc et rose. Elle alluma sa lampe et se remit à coudre.

Une demi-heure après, Joe Dagget arriva. Elle entendit son pas lourd crier sur le sable, se leva aussitôt et ôta son tablier blanc et rose. Dessous, il y en avait encore un autre, en fine toile blanche à bordure de batiste ; c’était le tablier de réception. Elle ne le laissait jamais voir que quand elle avait du monde. A peine avait-elle plié celui d’indienne avec une prestesse méthodique pour le mettre dans un tiroir spécial que la porte s’ouvrit devant Joe Dagget.

Il sembla aussitôt remplir toute la chambre. Un serin qui dormait dans sa cage verte, à la fenêtre du midi, s’éveilla et battit violemment les barreaux de ses petites ailes jaunes. Jamais il n’y manquait quand survenait Joe Dagget.

— Bonsoir, dit Louisa.

Et elle lui tendit la main avec une sorte de cordialité solennelle.

— Bonsoir, Louisa, répondit l’homme de sa voix sonore.

Elle avança une chaise et ils s’assirent en face l’un de l’autre, avec la table entre eux. Il se tenait droit, ses pieds lourds posés carrément l’un à côté de l’autre, et il regardait autour de lui avec un mélange de gêne et de bonne humeur. Elle croisait ses mains effilées dans son giron de blanche batiste.

— Belle journée, fit observer Dagget.

— Tout à fait belle, acquiesça doucement Louisa. Avez-vous été aux foins ? demanda-t-elle après un silence.

— Oui, toute la journée, dans le champ des dix acres. Il faisait chaud à travailler.

— Je le crois. Votre mère va bien aujourd’hui ?

— Pas mal.

— Je suppose que Lily Dyer est auprès d’elle en ce moment ? Dagget rougit très fort.