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Page:Revue des Deux Mondes - 1896 - tome 136.djvu/527

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exclusion ni privilège, ne reconstituer ni l’ordre ni la corporation, ne reposer que sur des groupemens ouverts et libres ; enfin que, quelque part en Europe, existe déjà quelque chose de cette organisation du suffrage sous une forme moderne et en vue de l’Etat moderne.

La troisième partie, que voici, est que, ce quelque chose, nous pouvons l’adopter, en nous l’adaptant ; que rien ne s’y oppose ; et que, par conséquent, pour la France elle-même, pour notre France de ce temps et de cette heure, la solution est à la fois parfaitement logique et parfaitement pratique. En son ensemble, elle se formule ainsi : organiser le suffrage universel de telle façon que, suivant et serrant de près la vie réelle du pays, il nous donne la représentation réelle du pays ; trouver pour lui des cadres qui soient assez solides et pourtant assez souples ; doubler d’une circonscription sociale la circonscription géographique ; et cette circonscription sociale, la tirer des groupemens modernes, ouverts et libres, entre autres de la profession entendue au sens large, sans refaire l’ordre, ni la corporation.

Car il faudra bien que l’on nous comprenne ; et, en vérité, il serait trop commode aux anarchistes de toute école, intéressés à empêcher l’organisation de l’Etat par le suffrage universel organisé, de n’avoir qu’à agiter aux yeux ces deux « idoles » ou ces deux spectres : la corporation du moyen âge et l’ordre ! Qui parle de refaire ces vieilleries ? et comment les referait-on ? Qui parle d’en revenir au chariot mérovingien ? ou au « soldat de Marathon », au coureur, porteur de nouvelles ? L’introduction du suffrage universel a, en effet, opéré, dans la politique, une révolution analogue à celle qu’ont opérée, dans l’industrie, l’introduction de la vapeur et de l’électricité. De même que la vapeur implique la machine, et l’électricité, le télégraphe, ainsi le suffrage universel implique une mécanique politique dont les ressorts ne sauraient être l’ordre et la corporation, tant bien que mal raccommodés et repeints. Cette force immense, la force brute du nombre, indifféremment susceptible d’être un grand fléau ou un grand bienfait, l’on peut et l’on doit la canaliser, la régulariser ; mais non point jusqu’à l’ordre et la corporation. — Trop comprimée, au lieu de faire mouvoir l’Etat, elle le ferait éclater.

Or, puisque là, dans le suffrage universel, est la force motrice qu’il s’agit seulement de discipliner ; puisque c’est là que le régime représentatif doit aller puiser le mouvement et l’action, il est évident que, plus directe sera la prise faite à même le suffrage universel, plus il passera de force dans le régime représentatif et plus il s’y développera de mouvement et d’action. Autrement dit : plus étendue sera la base de l’élection, plus de pouvoir aura