Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1896 - tome 136.djvu/469

Cette page n’a pas encore été corrigée


avantages d’une éducation choisie. » Un médecin du nom de Gardanne fut tout près de réussir ; en dépit de sa perruque, de son air doctoral, de son accent du Midi et de ses redoutables sourcils noirs, il ne tint qu’à lui. Mais il quitta la partie et disparut, laissant la jeune fille très dépitée de l’inconvenance du procédé. Les choses allèrent beaucoup plus loin avec le jeune Pahin de la Blancherie, garçon de bonne famille qui se destinait à la magistrature. On crut tout de bon qu’on l’aimait, on jura d’être à lui ou de n’être à personne. Peu à peu et d’elle-même la désillusion se fit : on s’aperçut qu’il avait moins de mérite qu’on n’avait cru ; on remarqua, ce qui avait échappé, qu’il était petit de taille ; on le rencontra au Luxembourg, avec un plumet à son chapeau, et on ne put s’empêcher d’en rire ; on apprit qu’il avait mené concurremment une autre intrigue matrimoniale : ce fut le coup de grâce.

Viennent ensuite, par rang d’inscription : un homme de cinquante ans, refusé pour cause de protestantisme ; un greffier des bâtimens, de caractère tranquille, de mœurs rangées, mais d’esprit borné ; un veuf avec enfant. Un marchand épicier fut repoussé avec indignation. Fasse encore pour le commerce en gros ; mais que dire du commerce au détail ? « Plus il est détaillé, plus il resserre les vues de l’esprit, plus il suppose une âme étroite. » Un jeune homme de vingt-quatre ans, fils unique, ayant de la fortune, ne fut pas même pris en considération : « Ce n’est qu’un joli enfant qui a toujours vécu sous les ailes de sa mère. » M. de Sévelinges, veuf, cinquante ans, receveur en province fit une proposition qui ne déplut pas : celle d’un mariage blanc. Nouvelle présentation : celle d’un gros garçon réjoui, qui a bon cœur, bon estomac, ferait « une bonne pâte de mari », et n’a contre lui que son nom. Mais en vérité on ne s’appelle pas M. Coquin ! Un officier n’est pas mieux reçu : Mlle Phlipon n’aime pas les militaires. Elle leur reproche d’être ignorans et fats, de ne savoir que chasser, faire l’exercice et boire. Sa dernière conquête est celle d’un homme qui l’a rencontrée dans la rue : « Avec un peu de bonne volonté je devenais limonadière et je m’établissais glorieusement dans un café. » Si on eût représenté dans un tableau ces prétendans, chacun avec les attributs de sa profession, Mlle Phlipon est d’avis que cela eût fait un assemblage divertissant par la bigarrure. — Mais en outre la diversité de l’accueil fait à chaque prétendant ne laisse pas que d’être instructive. Mlle Phlipon écarte sans examen et discussion de leurs titres ceux qui sont suspects d’appartenir au commerce ou à l’armée ; elle encourage le médecin ; son cœur s’émeut pour le magistrat. Son rêve est celui qui encore aujourd’hui n’a pas cessé de hanter la cervelle de nos petites bourgeoises : elles veulent un mari qui ait une « carrière libérale » ; elles ne se marieront pas ou elles épouseront un homme distingué.

L’homme distingué se présenta sous les traits de M. Roland. Il