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Page:Revue des Deux Mondes - 1896 - tome 136.djvu/434

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tels propriétaires de mines… Mais comment toutes ces incalculables richesses tombent-elles entre des mains étrangères ? Industriels étrangers, capitaux étrangers, bourses étrangères se jettent à l’envi dans la mêlée pour tout accaparer. Comment et pourquoi toute cette agitation ne parvient-elle pas à secouer l’apathie des industriels russes ? N’y a-t-il pas dans cette apathie quelque chose de profondément décourageant et humiliant pour notre pays ? Sommes-nous assez moutons de Panurge pour nous laisser tondre ainsi, sans murmurer, par les Belges, les Français, les Allemands et les Anglais ? »

Ces plaintes sont plus humoristiques que sérieuses. Les étrangers, en apportant dans la Nouvelle-Russie, pour en exploiter les richesses naturelles, leurs capitaux, leur expérience des affaires, leur savoir technique, ont transformé et enrichi un pays que toutes les conditions semblaient jusqu’alors vouera une pauvreté économique irrémédiable. Ils ont d’ailleurs fait l’éducation industrielle des Russes eux-mêmes, qui, aujourd’hui, commencent à prendre leur part dans l’exploitation des richesses énormes du bassin du Donetz.

Ce grand essor industriel a profité, plus qu’à tous autres, aux propriétaires fonciers et aux paysans de la région. Le prix des terres a quintuplé en quelques années.

Charbon et minerai de fer, voilà ce que donne simultanément, en des gisemens peu éloignés les uns des autres, ce bassin du Donetz, devenu aujourd’hui l’un des plus puissans entre les centres industriels du monde. Les gisemens houillers avaient été découverts dès le temps de Pierre le Grand, mais l’exploitation en était toujours restée rudimentaire, à cause des qualités médiocres du produit, de la difficulté de la main-d’œuvre, du manque d’eau, de l’absence surtout de moyens de transport. Cette situation s’est transformée lorsque les lignes de chemins de fer ont traversé la région, que la richesse du gisement de minerai de fer à Krivoï-Rog eut été pleinement reconnue, et que l’entreprise du Transsibérien eut assuré un immense débouché à la production éventuelle du Donetz.

Le bassin s’étend sur une longueur de 270 kilomètres, entre le Don, à l’est, et Jekaterinoslav, à l’ouest, et sur une largeur qui varie de 70 kilomètres vers l’est à 110 kilomètres vers l’ouest ; cette superficie, d’environ 25 000 kilomètres carrés (2500 000 hectares), s’étend sur la partie orientale du gouvernement de Jekatérinoslav et sur la portion occidentale du territoire des Cosaques du Don. Le bord septentrional du bassin s’éloigne peu du cours du Donetz, affluent de la rive droite du Don, et sa limite sud court à une soixantaine de kilomètres parallèlement