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pour 252 millions, dont 134 à l’étranger et 118 à la France.

Il ressort de ces chiffres que les relations commerciales de nos colonies sont plus actives avec l’étranger qu’avec nous, que c’est surtout l’étranger qui bénéficie des marchés nouveaux que nous avons créés. Il convient d’ajouter que sur les 100 millions représentant le total des importations de la France dans nos colonies, la plus forte part va à nos fonctionnaires et à nos troupes et constitue, dans cette mesure, une dépense payée sur le budget de la métropole. En résumé, si nous mettons à part l’Algérie et la Tunisie, nous vendons pour 100millions de marchandises et nous achetons pour 118 millions de produits à des colonies qui nous coûtent 80 millions d’entretien, alors que l’étranger trouve, sans bourse délier, dans ces mêmes colonies, un débouché de 123 millions.

Cette situation est-elle transitoire ? Une amélioration peut-elle être espérée ? M. Turrel, examinant ce point, a été conduit à des conclusions peu encourageantes : « Si l’on n’y prend garde, le commerce de l’Angleterre et celui de l’Allemagne prendront peu à peu et tout à fait notre place, même sur les marchés de nos colonies, et nos débouchés iront en s’affaiblissant. » Déjà M. Picard, en réponse à la question : Nos colonies seront-elles un jour des débouchés pour nos fabrications ? disait : « Nos ventes à l’Algérie s’élèvent (1894) à 199 millions, mais elle nous vend pour 208 millions de produits agricoles qui l’ont à ceux de la métropole une sérieuse concurrence. »

On a demandé plaisamment en quelles quantités nous pourrions vendre nos soieries, nos rubans, nos dentelles, nos meubles, nos articles de Paris, aux Tonkinois, aux Malgaches, aux nègres du Soudan ou du Gabon, boutade à laquelle on répond volontiers que nous pourrons toujours exporter dans ces latitudes lointaines des soldats et des fonctionnaires. C’est quelque chose, mais ce n’est pas assez, et l’on voudrait voir poindre à l’horizon les temps bénis où les fameux débouchés commerciaux existeront ailleurs que dans les discours ministériels ou dans les clichés de l’enthousiasme colonial de sociétés métropolitaines qui n’en peuvent mais. A la réalisation de cet idéal, malheureusement, s’oppose par-dessus toutes choses l’esprit même du régime auquel sont soumis nos nationaux dans nos colonies, disons franchement l’esprit d’incurable routine, l’incapacité de notre administration coloniale.

Interrogez ceux que tenterait l’ambition d’aller exercer leurs facultés dans quelqu’une de ces terres neuves, soi-disant ouvertes à notre activité colonisatrice par le dévouement de nos soldats ou par l’intrépide endurance de nos explorateurs : demandez-leur