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commerce de cette ville, fixera par un exemple topique la portée de ces observations.

L’année a été satisfaisante pour l’importance des affaires en soies brutes diverses. Il n’en est point de même pour les prix qui ont été les plus bas depuis 1848. Les cocons ont valu en moyenne de 2 fr. 70 à 2 fr. 30 au lieu de 5 fr. 75 et 5 fr. 30 l’année précédente [1]. On a eu ainsi le contraste d’une plus grande activité dans les transactions coïncidant avec une baisse exagérée de prix de la matière première. On expiait une hausse injustifiée qui s’était faite en 1893 et l’on comptait sur une excellente récolte nouvelle, double raison de grande modération dans les prix. Dans les quatre derniers mois de 1894, la consommation des fabriques européennes prit un essor très marqué, les transactions s’animèrent sur les marchés européens, à Milan, à Turin, à Zurich, à Grefeld et à Elberfeld. Les prix demeurèrent pourtant stationnâmes ; ils ne commencèrent à s’améliorer qu’en 1895. Le bon marché persistant avait eu en tout cas un heureux résultat en contribuant à mettre à la mode les étoffes de soie pure et en imprimant à toutes les branches de l’industrie de la soie, filature, moulinage et tissage, une activité qui s’est maintenue durant toute l’année suivante.

La valeur de la production de la région lyonnaise [2] en étoffes et rubans de soie a été en 1894 de 365 millions ; ce chiffre aura été largement dépassé en 1895. Sur la production totale de la France en soieries [3], les exportations se sont élevées à 223 millions, l’Angleterre ayant pris 94 millions, les Etats-Unis 52 (au lieu de 65 en 1893), l’Allemagne 22. Les achats du marché américain s’étaient, on le voit, fort ralentis à cause de la crise économique et des incertitudes résultant des ajournemens successifs apportés au vote du nouveau tarif. Quant à l’importation de tissus de soie en Angleterre, les relevés du Board of Trade la montrent accrue de plus de 24 millions de francs en 1894. La fabrique lyonnaise n’ayant fourni qu’un million sur cet excédent, on peut mesurer la part prise par les autres fabriques du continent à cet accroissement de la consommation britannique. La Chambre de commerce de Lyon croit pouvoir affirmer que les étoffes suisses, après la fermeture du marché français, avaient trouvé sans peine le chemin de Londres, et il y a là une raison, entre tant d’autres, de nous féliciter du revirement qui s’est opéré dans les dispositions des esprits en France et en Suisse et qui a rétabli les relations

  1. En Italie, l’écart en baisse a été de près de 50 pour 100 ; 2l,33 contre 4l, 17.
  2. 209 usines avec plus de 25 000 métiers mécaniques ou à bras.
  3. 615 millions de francs, dont : tissus, 420 millions : rubans, 65 ; tulles et dentelles, passementerie et bonneterie, 130 millions.