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qui faussait les cours, tout comme aujourd’hui. Il demandait qu’une bonne législation fît disparaître les milliers de parasites dont était dévorée la substance commerciale entre le producteur et le consommateur. Et pourquoi un impôt solide, établi sur les profits du cultivateur, ne lui enlèverait-il pas de la poche, ou n’empêcherait-il point d’y entrer, tout l’argent qu’il tenterait d’extorquer du public au-dessus du prix de 4 livres sterling par quarter ? Quelle ironie anticipée dans cette philippique contre la prospérité insolente de l’agriculture, et comme le prix actuel de 25 shillings fait une humble figure auprès de ces cotes de 100 à 120 shillings d’il y a bientôt un siècle !


VII

Le fléau de l’industrie est le bas prix de vente des produits, qui résulte, non pas seulement de l’habileté professionnelle, du perfectionnement des machines, de l’économie dans les détails de l’exploitation, mais surtout de l’excès de la production, d’où résulte la suppression des bénéfices, qui entraîne à son tour la diminution des salaires et finalement la ruine commune des patrons et des ouvriers. Aussi l’idée de restreindre la production par une réglementation contractuelle fait-elle son chemin dans le monde. Les grandes compagnies productrices du cuivre ont conclu récemment un accord fondé sur le principe d’une limitation, variable chaque année, de la vente du produit. Les compagnies nitratières du Chili ont tenté un arrangement analogue. Les sociétés charbonnières de la Pensylvanie ont maintes fois conclu des conventions du même genre, ainsi que les sociétés métallurgiques d’Autriche et d’Allemagne [1].

Le dévergondage de la production, la concurrence désordonnée, anarchique, comme disent excellemment les adversaires de l’école officielle du laisser-faire et du laisser-passer, conduit au nivellement des prix dans le sens de la baisse continue et indéfinie et provoque dans le monde du travail les crises les plus redoutables.

Quand la limite de réduction des frais généraux est atteinte et que le prix de la marchandise produite continue à baisser parce que la production cesse d’être en rapport avec la consommation, il ne reste à l’industriel qu’à fermer son usine ou à réduire le seul facteur encore compressible de la production, le salaire. Cela fait des ouvriers sans travail, ou des ouvriers travaillant pour un salaire qui ne peut plus nourrir leurs familles.

  1. Le quasi-monopole de la raffinerie en France, les grands syndicats du pétrole et du sucre aux États-Unis, sont encore de grands exemples de cette tendance.