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Page:Revue des Deux Mondes - 1896 - tome 136.djvu/422

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fermiers du monde, seraient un peu moins malheureux s’ils payaient moins d’impôts, et qu’ils accueilleraient avec satisfaction toute offre du gouvernement de leur prêter des capitaux pour améliorer leurs terres. Le recours au socialisme d’État, voilà tout ce que cette grande commission d’enquête a découvert de pratique pour le soulagement de l’agriculture ! C’est peu. Les cultivateurs avaient d’instinct trouvé ce remède, et s’ils n’en ont pas obtenu l’application plus tôt, ce n’est pas faute qu’ils aient sollicité les pouvoirs publics de leur tendre une main secourable. Malgré les habitudes de self-government et de self-help de la race anglo-saxonne, ils ont fait entendre, par toutes les voies de l’opinion, qu’ils étaient à bout de ressources et d’efforts et n’attendaient plus le salut que d’une intervention gouvernementale.

Le dernier cabinet libéral était naturellement peu disposé à venir en aide à l’agriculture, mais l’arrivée des tories et des unionistes au pouvoir raviva les espérances des cultivateurs. Le duc de Devonshire fut le premier des membres du nouveau gouvernement qui aborda en public les questions se rattachant à la situation présente et aux perspectives d’avenir de l’industrie agricole britannique. Ses déclarations n’étaient pas de nature à laisser aux fermiers l’illusion qu’ils pussent attendre d’un parlement « sympathique » le secours législatif qui les aiderait à surmonter des difficultés dont leur propre énergie n’a pu venir à bout jusqu’à présent. Une réduction générale des fermages, édictée par une loi du parlement, ne saurait aller sans une réorganisation universelle de toutes les relations économiques. Les charges dont le sol est grevé, si lourdes qu’elles soient, sont, à des degrés divers, en harmonie avec l’état général du pays. Un allégement soudain sur un point, rien n’étant changé ailleurs, risquerait de causer plus d’injustices qu’il ne guérirait de souffrances. C’est une mesure chimérique, impraticable. De même le parlement ne saurait, pour assurer aux cultivateurs une large réduction des frais de transport de leurs produits, contraindre les compagnies de chemins de fer à ne plus exploiter leur propriété à un point de vue commercial.

Le duc de Devonshire tenait ce langage à l’inauguration d’un institut agricole du Midland, entreprise fondée par les efforts combinés des conseils de plusieurs comtés du contre de l’Angleterre et ayant pour objet de donner un enseignement technique sur diverses matières agricoles. L’orateur, faisant l’éloge de cette organisation, déclarait avec vivacité que l’avenir de l’agriculture lui paraissait devoir dépendre surtout de la continuité et du succès des efforts qui pourront être faits pour améliorer ses procédés et substituer l’application des principes rationnels au règne de la