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Page:Revue des Deux Mondes - 1896 - tome 136.djvu/393

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les honneurs. De grands lauriers, empruntés au Jardin botanique, fournissent les feuilles avec lesquelles les dames tressent les couronnes doctorales.

Primus est grand et blond, avec des traits élégans et fins ; la figure d’un jeune dieu du Walhalla. Il porte, en effet, un grand nom et a fait bon usage de ses années d’étude. La veille même, il a triomphalement soutenu sa thèse sur : les différentes époques de la Poésie provençale jusqu’à la mort de Louis le Débonnaire. Demain, au banquet de la promotion, il portera — en vers, selon l’usage — le toast à la Femme. Il en récite à cette heure des fragmens, avec la fière allure d’un troubadour, et il accueille les applaudissemens des petites mains gantées avec la galanterie d’un chevalier du moyen âge. Il plie le genou devant sa fiancée pour lui laisser essayer la couronne qu’elle vient de tresser. On dirait une scène de quelque cour d’amour. Ultimus a le teint mat et les traits fortement accentués, les cheveux presque noirs ; sa figure dénote une grande énergie. Il est arrivé grâce à une volonté de fer, à un travail acharné. Sa thèse doctorale : Les phénols ramenés à la formule C12 H5, a été fort appréciée. Elle* fait sourire sa sœur et toutes les dames s’en moquent : c’est si drôle C12 H5 ! Mais les hommes de science ont jugé que cette thèse au titre ridicule dénotait toutes sortes d’aptitudes spéciales ; et ils sont unanimes à prédire au jeune chimiste un brillant avenir dans l’industrie. Demain, il devra dire en latin le toast au Rector magnificus qui présidera à la promotion. C’est un honneur insigne, qui montre le cas que font de lui les autorités universitaires.

Après nous avoir ainsi présenté ses deux jeunes candidats, M. Strindberg nous raconte leur histoire ; passée et future. C’est une histoire bien triste. L’un, le galant troubadour, a contracté, durant son stage à l’université, une maladie qui le fera mourir fou à Naples. L’autre a contracté des dettes afin de pouvoir finir ses études : elles pèseront sur lui toute sa vie et l’obligeront à accepter une place dans une fabrique de porcelaine pour faire face à ses engagemens.

Maintenant, que faut-il conclure de tout cela ? Que la jeunesse à Upsal est absolument corrompue ? que les étudians y mènent une vie de débauche et de paresse ? que personne ne passe ses examens ? et que tous sortent de leurs études l’esprit et le cœur amoindris ? Nullement ! Les faits établissent le contraire. Ces types d’étudians que nous présente M. Strindberg sont réels en eux-mêmes ; ces scènes qu’il retrace peuvent être vraies, mais tout cela ne prouve rien : c’est le petit côté du sujet que l’auteur s’est proposé de nous faire connaître. Le reste, qui demeure dans l’ombre, nous ferait une tout autre impression.