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Page:Revue des Deux Mondes - 1896 - tome 136.djvu/387

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parmi les paysans français, curieux mélange d’agronomie, de sociologie et de statistique agricole ; ou encore un traite de botanique et de zoologie pittoresques à l’usage des familles, peintures de fleurs et d’animaux, histoires de chasse et de pèche, pleines de gaîté, de coloris et de soleil : toutes couvres si différentes de son pessimisme habituel par leur tour et leur tendance, qu’on dirait qu’il a voulu tenir une gageure contre lui-même. Ajoutons-y une autobiographie en trois volumes sous forme de roman : Le Fils de la servante. Le héros de ce roman, — ce fils de servante qui nous est présenté sous le simple nom de Johan, — est si bien M. Strindberg lui-même, que M. Strindberg nous fait assister dans son roman à la genèse de ses principales œuvres, dont nous apprenons à connaître ainsi le but et l’idée dominante. C’est une façon commode de se commenter soi-même qui vaut bien, après tout, les préfaces, les dédicaces ou les lettres à un ami. — Nous pouvons donc nous servir de ces confessions, quoiqu’elles affectent la forme impersonnelle du roman, pour étudier d’un peu plus près la personnalité de l’auteur. Le cynisme de ses confidences nous en garantit la franchise ; et bien loin de nous rien cacher, on pourrait dire de l’auteur qu’il « étale ». Il semble seulement qu’il soit un peu excessif dans le partage des responsabilités, par exemple, quand il rend la société et la famille responsables, non seulement de son mauvais caractère et de son manque de religion, mais encore de ses échecs aux examens de l’université.

Il nous montre, pour commencer, comment sa mère, ayant été servante, ayant dû, toute sa jeunesse, subir la volonté des autres, lui a transmis un sang servile ; et de là sa timidité, sa fausse honte, son manque de volonté. Son père, ayant fait un mariage ; « en dehors des formes », est cause de sa nervosité soupçonneuse, de sa fierté toujours en éveil. Sa nourrice, une fille-mère, lui a versé « du feu dans les veines et une éternelle agitation dans les nerfs ». Les injustices de son père, qui a, durant toute son enfance, méconnu « ses droits personnels », le manque d’affection de ses frères et sœurs, les faiblesses de sa mère, remplacées plus tard par les duretés d’une belle-mère, enfin l’action combinée de tous les siens, qui le traitent en « œuf pourri de la couvée », tout cela lui a laissé de la famille le souvenir « d’un milieu à l’esprit étroit, où règnent l’égoïsme et l’injustice, où une volonté domine sans appel, au détriment des droits des autres, d’une institution antisociale, « esclavage pour les hommes, concubinage légalisé pour les femmes, enfer pour les enfans ! » Ses expériences à l’école ne lui ont pas laissé de meilleures impressions. Il fréquente successivement trois écoles différentes, changeant toujours dans l’espoir de trouver mieux. Partout on est dur et injuste pour lui. Tout le